Laurent Gbagbo sort du silence. L’ex-président ivoirien, désormais leader du Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), a fermement condamné les récentes attaques terroristes au Mali. Au-delà des hommages aux victimes, il réclame la création immédiate d’une force armée panafricaine, souveraine, sous commandement exclusivement africain.
Dans un communiqué officiel, le PPA-CI exprime sa « profonde consternation » après les frappes qui ont causé de lourdes pertes humaines et matérielles, parmi lesquelles figure le général Sadio Camara, ministre d’État et ministre de la Défense malien. Gbagbo qualifie ces actes de « lâches et barbares » et adresse sa solidarité au peuple malien ainsi qu’aux autorités de la Transition. Mais il ne s’arrête pas là. Il estime que ces assauts visent à déstabiliser toute la sous région en semant la terreur, et que la répétition de ces drames prouve l’insuffisance des réponses actuelles.
Le Sahel traverse l’une des périodes les plus meurtrières de son histoire récente. Depuis plusieurs années, les groupes armés terroristes multiplient les offensives contre les armées nationales et les populations civiles, malgré la présence de forces étrangères et régionales. Les transitions politiques au Mali, au Burkina Faso et au Niger ont compliqué les coopérations militaires traditionnelles, notamment avec la France et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. C’est dans ce vide stratégique que Gbagbo réactive une proposition déjà ancienne : sortir d’une logique d’assistance extérieure pour construire une défense collective africaine.
L’appel de Gbagbo n’a rien d’une simple déclaration de principe. Il préconise une « Force africaine de lutte contre le terrorisme » dotée de moyens financiers, logistiques et opérationnels fournis par les États africains eux mêmes, placée sous commandement continental. Cette idée, régulièrement évoquée dans les enceintes panafricaines mais jamais concrétisée, se heurte à plusieurs obstacles : souverainetés nationales jalouses, manque de financements, absence d’un leadership clair et rivalités entre puissances régionales. Pourtant, avec le retrait progressif des forces occidentales, la question n’est plus théorique. Soit l’Afrique invente sa propre architecture militaire, soit elle laisse le champ libre aux groupes armés et aux puissances extérieures moins regardantes.
Ce qui frappe dans la prise de position de l’ex président ivoirien, c’est l’affirmation d’un principe devenu rare sur le continent : la solidarité africaine ne doit plus être un slogan diplomatique, mais un mécanisme opérationnel permanent. Gbagbo rappelle que la déstabilisation d’un pays constitue toujours un risque pour tous les autres. Pour lui, la sécurité au Sahel n’est pas un enjeu sahélien. C’est un enjeu stratégique pour tout le continent. Son message, adressé aussi bien aux chefs d’État qu’aux opinions publiques, cherche à briser une logique de réaction nationale isolée face à une menace transnationale.
On peut ne pas partager l’héritage politique de Laurent Gbagbo, toujours clivant en Côte d’Ivoire et au delà. On ne peut pourtant pas ignorer la pertinence de la question qu’il pose : comment l’Afrique entend elle répondre collectivement à un terrorisme qui, lui, ne respecte aucune frontière ? En prenant cette position, Gbagbo réaffirme son attachement à un panafricanisme de sécurité, étranger aux postures de façade. Reste à savoir si les capitales africaines, souvent plus jalouses de leurs prérogatives que soucieuses d’une défense commune, accepteront de franchir le pas. L’histoire jugera les paroles. Mais l’urgence, elle, ne juge que les actes.



