La Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) a officiellement lancé, lundi à Kinshasa, le processus d’alignement des politiques nationales de la République démocratique du Congo sur l’agenda d’intégration régionale. Une étape clé, consécutive à l’adhésion de la RDC à plusieurs protocoles majeurs de l’organisation, notamment dans les domaines du commerce, des services, des transports et des communications.
Ces consultations de haut niveau, ouvertes par le ministre de l’Intégration régionale, Floribert Anzuluni Isiloketshi, visent à rendre effective la participation congolaise à la Zone de libre-échange (ZLE) de la SADC. L’enjeu est concret : mettre fin au décalage entre les engagements régionaux souscrits et leur traduction dans les textes et pratiques nationales. Sans cet alignement, les avantages de la libéralisation des échanges, des services et des transports resteraient lettre morte.
Membre de la SADC depuis 1997, la RDC a longtemps été perçue comme un géant endormi de l’intégration régionale, freiné par des infrastructures déficientes, une gouvernance fragile et des priorités nationales parfois divergentes. L’adhésion récente à des protocoles clés marque une inflexion, mais l’histoire de l’intégration africaine est jalonnée de promesses non tenues faute de mise en œuvre domestique. C’est précisément cet écueil que Kinshasa et la SADC entendent désormais surmonter.
La secrétaire exécutive adjointe de la SADC, Angèle Makombo N’Tumba, ne s’y est pas trompée : l’heure est à la transition entre la phase d’adhésion et celle de l’application concrète. Si la feuille de route en cours d’élaboration aboutit, la RDC pourrait à terme renforcer ses marchés internes, améliorer sa connectivité régionale et capter de nouveaux investissements. Mais rien ne sera automatique. La volonté politique devra se heurter à des administrations souvent réticentes au changement.
L’Allemagne, via sa vice-ambassadrice Sabine Mehnert, a réaffirmé son soutien financier au processus, jugeant que les zones de libre-échange possèdent un « potentiel transformateur » pour la croissance. Un appui bienvenu, mais qui ne doit pas occulter l’essentiel : les partenaires techniques peuvent faciliter, non décider à la place des États. La RDC devra elle même arbitrer ses contradictions entre souveraineté économique et discipline régionale.
Ce qui se joue à Kinshasa dépasse la simple conformité technique. C’est un test de crédibilité pour le président Tshisekedi, qui a fait de l’intégration régionale un axe de sa diplomatie économique. Les prochains mois diront si les recommandations issues de ces consultations se traduisent par des réformes législatives, une fluidification des corridors de transport et une baisse réelle des barrières non tarifaires. À défaut, l’adhésion aux protocoles resterait un symbole, non un levier de développement.



