Quatre mois après le premier tour, les Centrafricains ont voté dimanche 26 avril 2026 pour le second tour des élections législatives, régionales et partielles. Le président Faustin Archange Touadéra, réélu le 30 mars avec près de 78 % des voix, attend désormais la proclamation officielle des résultats pour former le premier gouvernement de la VIIe République. Le marathon électoral, entamé fin décembre, touche à sa fin.
Selon l’Autorité nationale des élections (ANE), un peu plus de 1,24 million d’électeurs, soit 51,7 % du corps électoral, ont participé au scrutin. Les opérations se sont déroulées dans dix neuf préfectures sur vingt, sans incident majeur. Le rapporteur de l’ANE, Mathieu Seramelet, a détaillé le processus : dépouillement local, centralisation des enveloppes, puis publication quotidienne des résultats, bureau par bureau. Les autorités disposent désormais de huit jours pour publier les chiffres définitifs.
Ce second tour concernait 46 circonscriptions législatives, auxquelles se sont ajoutées des élections partielles dans dix autres. L’ensemble s’inscrit dans une séquence politique tendue mais globalement stabilisée depuis la fin de l’accord de paix avec les groupes armés. La Minusca, qui a fourni un appui logistique et sécuritaire, a salué des élections « pacifiques et ordonnées ». Un contraste notable avec les violences post électorales des cycles précédents. Pourtant, la faible participation et la lenteur du processus interrogent sur la confiance réelle des citoyens dans le système.
Le président Touadéra, investi pour un troisième mandat contesté par l’opposition, a conditionné la formation de son gouvernement à l’issue de ces législatives. C’est désormais une question de jours. Le prochain exécutif devra rapidement adresser des dossiers brûlants : réinsertion des ex combattants, contrôle du territoire, et dialogue avec les partis qui ont boycotté ou critiqué le scrutin. Si la majorité présidentielle obtient une large victoire à l’Assemblée, le risque d’une chambre d’enregistrement, sans contre pouvoir réel, est réel.
Zéphirin Kaya, coordonnateur technique du Réseau Arc en ciel, observe que les incidents ont été « mineurs » et que les forces de l’ordre ont assuré leur mission. Il met cependant en garde : « Nous demandons aux agents de l’ANE d’être professionnels et que les résultats sortent effectivement des urnes. » Derrière cette formule diplomatique se cache une méfiance persistante. Les observateurs nationaux redoutent des manipulations dans les bureaux isolés, où le contrôle est plus difficile.
Au delà des chiffres, l’enjeu est politique. Touadéra, sans véritable rival depuis le départ en exil de François Bozizé, cherche une Assemblée docile pour mener à bien sa « septième République », un projet constitutionnel taillé sur mesure. Les législatives ne feront pas de bruit. Mais c’est justement ce silence qui inquiète les observateurs avertis. En Centrafrique, des élections calmes ne signifient pas toujours des élections justes. La communauté internationale, discrète, observe. Pour l’instant.



