La République démocratique du Congo va créer une unité paramilitaire chargée de sécuriser ses sites miniers, avec un financement initial de 100 millions de dollars apporté par les États-Unis et les Émirats arabes unis. L’annonce, publiée lundi 27 avril par l’Inspection générale des mines, confirme une inflexion majeure dans la stratégie de contrôle d’un secteur stratégique mais chroniquement déstabilisé par l’insécurité et les circuits informels.
Cette nouvelle force doit recruter 3000 hommes armés d’ici décembre, avant une montée en charge visant 20 000 agents en 2028. La mission est triple : protéger la production minière, assurer la traçabilité des minerais transportés, et remplacer progressivement les forces de défense et de police actuellement déployées sur les sites, souvent en contradiction avec le Code minier. Le déploiement débutera au Katanga, épicentre du cuivre et du cobalt congolais.
Premier producteur mondial de cobalt et deuxième de cuivre, la RDC se trouve au cœur des chaînes d’approvisionnement de la transition énergétique. Pourtant, l’exploitation artisanale y côtoie des projets industriels dans une fragmentation qui complique tout contrôle. Une étude de l’Université de Nottingham d’août 2025 révèle que 56,9 % des mineurs artisanaux de cobalt déclarent subir des formes de travail forcé, tandis que l’est du pays reste miné par des conflits armés alimentés par les revenus miniers.
Cette unité paramilitaire s’inscrit dans un rapprochement stratégique avec Washington formalisé en décembre par un partenariat économique donnant aux entreprises américaines un accès privilégié aux secteurs minier et des infrastructures. En contrepartie, Kinshasa s’est engagé à améliorer le climat des affaires et à réduire corruption et insécurité. Pourtant, des analystes mettent en garde contre un risque de perte de souveraineté et d’érosion des recettes publiques, dans un modèle souvent résumé par l’expression « ressources contre sécurité ».
L’efficacité future de cette force dépendra de plusieurs variables que les autorités n’ont, pour l’instant, pas clarifiées. L’origine exacte des financements américains et émiratis, publique ou privée, reste inconnue. Surtout, la simple sécurisation armée ne suffira pas à résoudre les défis structurels du secteur : formalisation de l’exploitation artisanale, traçabilité réelle des minerais, et gouvernance transparente des accords internationaux. Sans ces réformes, cette unité paramilitaire risque de ne traiter que les symptômes d’un mal plus profond.



