Le haut commandant de la Gendarmerie nationale sénégalaise, le général Martin Faye, a effectué une mission officielle de quatre jours à Ankara, du 20 au 24 avril 2026. Une visite destinée à sceller un renforcement tangible de la coopération bilatérale entre les forces de sécurité des deux pays.
Reçu par son homologue turc au Commandement général de la Gendarmerie, le général Faye, également directeur de la Justice militaire, a participé à des discussions exclusivement tournées vers l’opérationnel. Partenariats institutionnels, montée en compétences techniques, partage d’expertise en matière de maintien de l’ordre et de sécurité intérieure : les dossiers abordés ne relèvent pas de la simple déclaration d’intention. Ils engagent des échanges concrets entre unités spécialisées.
Cette mission s’inscrit dans une dynamique déjà ancienne entre Dakar et Ankara, mais qui connaît une accélération remarquée depuis cinq ans. La Turquie, via son agence de coopération TIKA et ses accords militaires, a su gagner la confiance de plusieurs capitales africaines, en proposant des partenariats sans les conditionnalités occidentales. Pour le Sénégal, pays historiquement stable mais confronté à des défis sécuritaires régionaux (terrorisme au Sahel, tensions en Casamance), diversifier ses alliances est devenu une nécessité stratégique.
À court terme, ce rapprochement devrait se traduire par des programmes de formation conjoints, des livraisons d’équipements (véhicules blindés légers, matériels de surveillance) et des échanges d’officiers. À moyen terme, Ankara pourrait obtenir des facilités logistiques au Sénégal, dans le cadre de sa montée en puissance sur le continent. Une perspective qui ne manque pas de susciter des interrogations chez les partenaires traditionnels de Dakar, notamment la France et les États Unis.
Un officier supérieur sénégalais, s’exprimant sous couvert d’anonymat, confie que cette coopération avec la Turquie est perçue en interne comme pragmatique et dénuée de “tutelle politique”. La Turquie ne demande pas de réformes institutionnelles ni de comptes sur le volet des droits humains, contrairement à certains partenaires européens. Ce réalisme assumé séduit, mais il expose aussi Dakar à des critiques sur l’absence de conditionnalités démocratiques.
Reste que le général Martin Faye mène cette partition avec une discrétion calculée. Aucune déclaration flamboyante n’a accompagné son séjour. Le silence des ambassades occidentales à Dakar après cette mission en dit long sur leur malaise. Pendant ce temps, Ankara continue de capitaliser sur une sécurisation discrète mais efficace de son réseau d’influence en Afrique de l’Ouest. Le Sénégal, sans rompre avec ses alliés historiques, joue une carte supplémentaire. Au risque, un jour, de devoir choisir.



