Macky Sall, ancien président du Sénégal, a passé mercredi 22 avril son audition devant l’Assemblée générale des Nations unies pour briguer le poste de secrétaire général. Seul candidat africain en lice, il est également le seul des quatre prétendants à n’avoir jamais exercé de fonction au sein de l’ONU, et le seul dont la candidature n’a pas été portée par son propre pays, mais par le Burundi.
Pendant trois heures, face aux 193 États membres, Macky Sall a plaidé pour une refonte profonde de l’institution. Il s’est présenté comme un bâtisseur de ponts, défendant une diplomatie préventive renforcée et une rationalisation des structures onusiennes. Sur la dette africaine, il a réclamé un cadre global associant pays en développement et économies avancées. Il a aussi promis que son adjointe serait une femme issue d’un pays du Nord, geste diplomatique soigneusement calibré.
Cette candidature intervient alors que l’Afrique réclame depuis des décennies une place élargie au sein du système onusien, notamment au Conseil de sécurité. Macky Sall a d’ailleurs porté la revendication de deux sièges permanents pour le continent. Mais son parcours récent complique le tableau. Au Sénégal, des organisations de victimes des violences politiques survenues entre 2021 et 2024 contestent publiquement sa légitimité, un angle mort que ses adversaires n’hésiteront pas à exploiter.
J’ai eu, ce 22 avril, une séance de dialogue avec l’Assemblée générale de l’ONU dans le cadre de ma candidature au poste de Secrétaire général. Je remercie la Présidente de l’Assemblée générale, ainsi que les représentants des États, des groupes de pays et de la société civile,… pic.twitter.com/y6gHjbed0I
— Macky Sall (@Macky_Sall) April 22, 2026
La prochaine étape est déterminante. D’ici l’été, le Conseil de sécurité devra formuler une recommandation. Si Macky Sall entend mettre en avant ses quarante ans de responsabilités et ses réseaux au G7, G20 et en Afrique, l’absence d’expérience directe au sein de l’ONU le fragilise. La nomination du successeur d’António Guterres est attendue avant la fin de l’année. Rien n’est joué, mais son profil détonne dans un processus historiquement dominé par des diplomates de carrière.
Lors de son oral, l’ancien chef d’État a martelé une idée simple : l’épreuve du pouvoir prépare à comprendre les attentes des États membres. « J’ai appris à dialoguer, écouter, consulter, arbitrer entre des priorités et prendre des décisions difficiles », a t il déclaré. Un argument d’autorité qui séduit certains pays du Sud, mais qui ne masque pas les faiblesses structurelles de sa candidature : aucun soutien officiel de son propre camp politique sénégalais, et une légitimité démocratique entachée par la répression des dernières années.
Reste que sa présence dans la course change la donne symbolique. Pour la première fois, un ancien président africain, sans passé onusien, prétend au poste le plus élevé de l’organisation. Qu’il gagne ou non, Macky Sall a déjà réussi un pari : forcer la discussion sur la représentation africaine et la réforme du Conseil de sécurité. Mais dans les couloirs de New York, les diplomates le rappellent en sourdine : à l’ONU, les grands oraux ne font pas les grands élus. La realpolitik, elle, s’écrit ailleurs.



