Le gouvernement ivoirien a annoncé, mercredi 6 mai, la dissolution de la Commission électorale indépendante (CEI), créée en 2001. L’institution, chargée de l’organisation et de la supervision des scrutins depuis vingt‑cinq ans, était devenue la cible de critiques récurrentes au sein de la classe politique. Aucune précision n’a toutefois été donnée sur le mécanisme qui la remplacera.
Prise en conseil des ministres, la décision met fin à une structure née pour apaiser le jeu électoral après la crise post‑électorale des années 2000. Mais au fil des scrutins, la CEI a paradoxalement été accusée de partialité, notamment sur un point névralgique : l’élaboration de la liste électorale. Le ministre porte‑parole, Amadou Coulibaly, a justifié cette dissolution par un objectif affirmé : « garantir de façon durable l’organisation d’élections apaisées ».
La CEI avait été instituée pour incarner la rupture avec les pratiques unilatérales de gestion des élections. Pourtant, chaque scrutin national a ravivé les tensions entre majorité et opposition, ces dernières dénonçant tour à tour un arbitre docile ou un outil partisan. L’élection présidentielle de 2020 et les législatives de 2021 ont exacerbé ces défiances, poussant plusieurs partis à réclamer une refonte totale du dispositif électoral.
Le flou institutionnel qui entoure le futur mécanisme est désormais le principal risque. Le gouvernement n’a dévoilé ni calendrier ni architecture de remplacement. Or, toute nouvelle instance devra obtenir un large consensus pour éviter un boycott des prochaines élections. L’opposition, méfiante, surveillera de près les prérogatives accordées au futur organe, notamment en matière de contentieux électoral et de révision des listes.
Les premières réactions en coulisses témoignent pourtant d’une ouverture. Jean‑Gervais Tcheïdé, porte‑parole adjoint du PPA‑CI de Laurent Gbagbo, a salué « une remise à zéro des compteurs » et un « retour du dialogue ». Selon lui, la dissolution crée une opportunité rare : s’entendre non seulement sur le format du futur arbitre, mais surtout sur l’étendue de son pouvoir. Reste à savoir si les acteurs politiques sauront saisir cette fenêtre sans la transformer en nouvelle épreuve de force.



