Stellantis, le géant automobile propriétaire de Peugeot, Jeep et Fiat, a inauguré à Casablanca son premier centre de démantèlement de véhicules pour la région Moyen‑Orient et Afrique. Ce site, capable de traiter jusqu’à 10 000 voitures hors d’usage par an, marque une étape clé dans la stratégie du groupe sur un continent où le parc automobile explose et où la pression sur les coûts des matières premières s’intensifie.
L’installation, d’une superficie de 6 000 mètres carrés, récupère les pièces fonctionnelles des épaves issues des assurances, des enchères et des filières spécialisées. Ces composants sont ensuite revendus via le réseau de pièces de rechange de Stellantis et ses plateformes numériques. Le groupe a investi 1,6 million d’euros dans ce projet, qui devrait créer environ 150 emplois directs et indirects à plein régime. Ce centre s’inscrit sous la bannière SUSTAINera, l’unité dédiée au recyclage et à la remanufacture.
Le Maroc compte aujourd’hui près de 4,7 millions de véhicules en circulation, et plus de 17 000 unités atteignent chaque année leur fin de vie. Pourtant, le pays ne disposait jusqu’ici d’aucun système structuré de gestion des épaves piloté par un constructeur. Cette initiative intervient alors que le royaume vient de dépasser l’Afrique du Sud pour devenir le premier producteur automobile du continent, avec des exportations en hausse de 12,1 % au premier trimestre 2026, à 42 milliards de dirhams.
D’après Jean Christophe Bertrand, vice-président senior de Stellantis pour la région, le marché marocain des pièces automobiles réutilisées pourrait atteindre 5 milliards de dirhams d’ici 2030. Au‑delà des pièces classiques, l’usine de Casablanca traitera également les batteries de traction des véhicules électriques démantelés. Une anticipation nécessaire, alors que l’adoption de la voiture électrique reste faible en Afrique mais connaît une courbe ascendante dans les marchés émergents.
Samir Cherfan, chief operating officer pour le Moyen‑Orient et l’Afrique, assume clairement la priorité donnée à l’économie circulaire. « Nous avons de nombreux gisements de profit dans la région, et ce que nous faisons au Maroc pourrait nous aider à croître ailleurs », a renchéri Bertrand. Stellantis ne se contente donc pas de produire localement : avec ce centre, le groupe verrouille une partie de la chaîne de valeur après‑vente, un secteur promis à une forte croissance face à la demande croissante de pièces moins chères.
Ce démantèlement s’ajoute à une offensive industrielle déjà massive. En 2025, Stellantis a annoncé un investissement de 1,2 milliard d’euros pour agrandir son usine de Kénitra et porter à 75 % le taux d’intégration locale d’ici 2030. Le site produira dès 2026 les nouveaux modèles Fiat Giga Panda et Panda Fastback, tandis que les microcars électriques comme la Citroën Ami voient leur cadence fortement augmenter. Parallèlement, le groupe a renoué avec les bénéfices au premier trimestre 2026 : 377 millions d’euros de profit net, contre une perte de 387 millions un an plus tôt, pour un chiffre d’affaires de 38,1 milliards d’euros. En Afrique et au Moyen‑Orient, sa part de marché a grimpé à 11,5 % malgré un ralentissement régional.



