La marine du Corps des Gardiens de la révolution islamique a modifié sa posture dans le détroit d’Ormuz, tandis que Donald Trump annonce la suspension du « Projet Liberté », dispositif américain d’escorte des navires dans cette zone stratégique. Une pause justifiée par de « grands progrès » vers un éventuel accord avec l’Iran. L’administration américaine et Téhéran seraient proches de finaliser un mémorandum d’entente d’une page, ouvrant la voie à des négociations nucléaires approfondies.
Selon l’agence officielle iranienne Tasnim, les autorités de Téhéran estiment que la fin des « menaces des agresseurs » et la mise en place de nouvelles mesures de sécurité garantissent désormais un « passage sûr et durable » dans le détroit. Parallèlement, des sources citées par Axios font état d’un document de 14 points négocié par les envoyés Steve Witkoff et Jared Kushner. Ce mémorandum viserait à déclarer la fin de la guerre et à établir un cadre pour des discussions nucléaires plus larges. Deux responsables américains confirment que la suspension des opérations militaires découle directement des avancées enregistrées lors de ces pourparlers.
Le détroit d’Ormuz, passage clé pour un tiers du pétrole maritime mondial, est depuis des années un théâtre de tensions entre Washington et Téhéran. L’administration Trump avait renforcé sa présence navale après l’abandon de l’accord nucléaire de 2015 et le rétablissement de sanctions sévères. Les Gardiens de la révolution multipliaient les saisies de pétroliers et les menaces de fermeture du détroit. Le Pakistan, pays médiateur, avait accueilli le 11 avril des négociations directes entre les deux ennemis historiques, une première depuis la rupture diplomatique des années post révolution.
La suspension du « Projet Liberté » reste temporaire. Trump a prévenu que le blocus des ports iraniens se poursuivait et que la pause dépendait de la finalisation d’un accord. Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif se dit « bon espoir » que cette dynamique aboutisse à une paix durable. Reste à savoir si Téhéran acceptera les conditions américaines sur le programme nucléaire et si le régime des Gardiens de la révolution validera politiquement un mémorandum négocié discrètement. L’échec raviverait immédiatement les patrouilles d’escorte et les risques d’incidents armés.
Des experts régionaux soulignent l’habileté tactique de Trump, qui transforme une démonstration de force en levier diplomatique. En suspendant les opérations, il met Téhéran sous pression pour signer rapidement, sans perdre sa capacité à menacer un retour à la confrontation. Du côté iranien, le changement de posture militaire en mer témoigne d’une volonté politique d’apaisement rare. Cependant, aucun texte n’a encore été rendu public, et les Gardiens de la révolution pourraient freiner toute concession sur le dossier balistique. La marge de manœuvre du président iranien, contraint par le guide suprême, reste étroite.
Ce rapprochement tactique survient alors que l’administration Trump cherche des succès diplomatiques exploitables avant l’échéance électorale. L’Iran, asphyxié par les sanctions, voit dans ce mémorandum une respiration économique possible. Le rôle du Pakistan, traditionnel allié de l’Arabie saoudite mais aussi proche de Téhéran, illustre la recomposition des médiations au Moyen Orient. La suspension des opérations dans Ormuz, si elle se prolonge, pourrait modifier l’équilibre énergétique mondial et rassurer les compagnies d’assurance maritime. Mais tout accord non contraignant, sans garanties mutuelles de mise en œuvre, ne serait qu’une trêve fragile.



