Le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema est en visite d’État à Luanda depuis mercredi. C’est la première fois que l’ancien putschiste, arrivé au pouvoir en août 2023, pose officiellement les pieds en Angola. Une normalisation qui met fin à près de trois ans de tensions diplomatiques entre Libreville et la capitale angolaise.
L’accueil réservé à Oligui Nguema fut sans équivoque. Vingt et un coups de canon, discours devant les parlementaires, tête à tête privé avec João Lourenço, et signature de plusieurs accords de coopération. La présidence angolaise a délibérément choisi le symbolique du tapis rouge pour signifier que le contentieux entre les deux pays appartient désormais au passé.
Ce rapprochement n’allait pourtant pas de soi. Après le coup d’État d’août 2023, l’Angola fut l’un des rares pays d’Afrique centrale à refuser de recevoir le général Oligui Nguema. João Lourenço, alors président en exercice de l’Union africaine, avait même soutenu des sanctions contre le Gabon. En décembre 2023, Libreville avait rappelé son ambassadeur à Luanda. La rupture était consommée.
Le tournant a eu lieu le 3 mai 2025, lors de la prestation de serment d’Oligui Nguema à Libreville, à l’issue d’un scrutin présidentiel ayant officiellement rétabli l’ordre constitutionnel. Lourenço s’y est rendu. Ce geste politique a ouvert la voie à un échange de bonnes volontés. En retour, le Gabon a libéré l’épouse et le fils d’Ali Bongo, détenus depuis le putsch. Un avion angolais les a discrètement exfiltrés le 14 mai 2025.
Ce dossier familial des Bongo bloquait toute avancée. En le dénouant, Luanda montre qu’elle entend jouer un rôle de médiateur régional, y compris sur des sujets sensibles. Pour Oligui Nguema, cette visite d’État consacre une double victoire : la reconnaissance diplomatique de son régime par un acteur clé de l’Afrique australe, et la fin de l’isolement post putsch. Le ciel est devenu bleu entre Libreville et Luanda. Reste à savoir si cette embellie résistera aux premiers désaccords stratégiques.



