Trois supporters sénégalais incarcérés au Maroc depuis la finale de la Coupe d’Afrique des nations en janvier ont regagné Dakar, mercredi 19 avril. Leur libération, actée par la justice marocaine après trois mois de détention ferme, met fin à une première séquence judiciaire. Mais quinze de leurs compatriotes restent derrière les barreaux, condamnés à des peines allant de six mois à un an de prison.
Les trois hommes désormais libres avaient été condamnés pour violence contre les forces de l’ordre, dégradation d’équipements sportifs, invasion de la pelouse et jets de projectiles. Des faits survenus au stade d’Abidjan, où le Sénégal affrontait la Côte d’Ivoire en finale. Leur peine purgée, ils ont pu regagner le Sénégal sans conditions supplémentaires. Une centaine de personnes les attendaient à l’aéroport de Dakar, selon des médias locaux, dans une atmosphère mêlant soulagement et inquiétude pour ceux qui restent détenus.
Ces poursuites s’inscrivent dans une répression sévère des incidents en marge de la CAN 2024, organisée par la Côte d’Ivoire. Les autorités marocaines, dont les ressortissants ne participaient pas à la finale, ont fait preuve d’une fermeté inhabituelle à l’égard de supporters étrangers. Ce traitement judiciaire rapide, assorti de peines fermes, contraste avec la gestion habituelle des débordements sportifs en Afrique, souvent critiquée pour son impunité. Il révèle aussi les limites de la coopération judiciaire entre États africains quand il s’agit de protéger leurs citoyens à l’étranger.
L’avenir des quinze autres supporters dépend désormais d’une demande de grâce royale, déposée par leurs avocats. Aucune date de décision n’a été communiquée. En attendant, les familles et les associations sénégalaises de défense des droits humains montent la pression sur Dakar pour qu’il intervienne davantage auprès de Rabat. Un échec de la grâce pourrait relancer les tensions diplomatiques entre les deux pays, jusque là apaisées sur ce dossier.
L’accueil réservé aux trois libérés à l’aéroport de Dakar ne doit pas masquer l’absence de stratégie claire des autorités sénégalaises face à l’incarcération de leurs ressortissants à l’étranger. Aucun responsable officiel ne s’est exprimé dans les heures suivant leur retour, laissant la solidarité familiale et associative occuper le devant de la scène. Comme l’a confié un proche d’un détenu encore emprisonné : « Nous prions pour que nos frères et sœurs qui sont restés là‑bas, les quinze autres, puissent nous revenir le plus vite possible. » Une prière qui en dit long sur l’attente d’une action politique plus résolue.



