La Bourse nigériane a encaissé jeudi une perte sèche de 1 920 milliards de nairas, poussée au rouge par un mouvement de vente massif sur les valeurs bancaires et cimentières. La capitalisation boursière est tombée de 155 780 à 153 858 milliards de nairas, soit un repli de 1,23 % qui a également fait reculer l’indice All Share Index de 2 994 points.
Ce coup de rabot efface une partie des gains spectaculaires enregistrés depuis le début de l’année, même si le marché affiche encore une progression de 54,82 %. Derrière les chiffres, une réalité moins brutale qu’il n’y paraît : la tendance des échanges est restée positive, avec 42 valeurs en hausse contre 30 en repli. CAP et FTN Cocoa Processors ont même bondi de près de 10 %, signe que la correction n’a pas touché l’ensemble du marché.
Le véritable déclencheur de cette chute est une nouvelle directive de la Banque centrale du Nigeria (CBN). Elle impose désormais aux banques opérant à l’étranger de limiter à 10 % de leurs fonds propres leurs investissements dans les filiales étrangères. Les établissements qui dépassent ce seuil doivent entamer un processus de désinvestissement. Une mesure qui s’inscrit dans la politique de resserrement monétaire et prudentiel menée par le gouverneur Olayemi Cardoso depuis sa prise de fonction.
Pour Tajudeen Olayinka, banquier d’affaires et courtier, cette correction n’est que conjoncturelle. Les banques concernées restent solides, bien capitalisées et sous évaluées. Leur potentiel de hausse demeure important, assure t il, au point de prédire que les vendeurs actuels pourraient vite regretter leur décision. Pourtant, l’intégration des revenus et réserves des filiales dans les fonds propres réglementaires risque de réduire la capacité des banques à distribuer des dividendes, ou de conditionner les futurs paiements à leur croissance.
L’activité boursière a paradoxalement progressé au cours de la séance. Le volume total des échanges a augmenté de 29,34 % pour atteindre 1,83 milliard d’actions, représentant une valeur de 72,17 milliards de nairas. NEM Insurance a tiré les volumes avec 360,56 millions d’actions échangées, tandis que Seplat Energy a dominé les transactions en valeur avec près de 13 milliards de nairas. Les plus fortes baisses individuelles ont frappé University Press, Red Star Express et Skyway Aviation Handling Company, qui ont perdu entre 8,6 % et 10 %.
Ce que cette séance révèle, c’est la sensibilité aiguë du marché nigérian aux signaux réglementaires. La CBN joue désormais un rôle de stabilisateur et de perturbateur, capable de déclencher des corrections brutales sur des secteurs entiers. Mais la bonne tenue des volumes et la résistance de nombreuses valeurs suggèrent que la confiance des investisseurs n’est pas anéantie. Reste à savoir si les banques concernées par la nouvelle règle parviendront à ajuster leur structure sans sacrifier leur rentabilité à l’international.



