En République démocratique du Congo, la Convention pour la Révolution Populaire (CPR), mouvement armé créé par l’ex-chef de guerre Thomas Lubanga, a annoncé un cessez-le-feu unilatéral. Selon Radio Okapi, le groupe se dit prêt à participer aux négociations avec le gouvernement congolais, invoquant sa volonté de « donner une chance au processus de paix ».
Cette annonce marque un tournant tactique pour la CPR, qui entend rejoindre les discussions déjà engagées avec d’autres forces armées actives en Ituri. Sont concernées la CODECO, le FRPI, le FPIC et le groupe Chini ya Tuna. Tous ces mouvements ont signé en juin 2025 l’accord dit « Aru 2 », qui prévoit l’arrêt des combats et l’ouverture d’un processus de désarmement, démobilisation et réintégration communautaire. En se rangeant derrière cet accord, Lubanga cherche à sortir de l’isolement politique et militaire.
Ancien chef de milice condamné par la Cour pénale internationale pour le recrutement d’enfants soldats, Thomas Lubanga avait refait surface en avril 2025 en créant la CPR, affirmant vouloir « renverser le pouvoir en place » en Ituri. Un an plus tôt, des experts de l’ONU l’avaient déjà accusé de mobiliser des combattants au profit d’une milice locale et du M23, le mouvement rebelle actif dans l’Est congolais. Son retour sur la scène armée avait été perçu comme une provocation directe envers Kinshasa et un facteur de déstabilisation supplémentaire dans une région déjà ravagée par des décennies de violences communautaires et de prédation des ressources.
Reste à savoir si ce cessez-le-feu unilatéral est sincère ou simplement tactique. Les précédents montrent que les annonces de paix en Ituri sont souvent suivies de reprises des hostilités, faute de confiance entre belligérants et d’engagement réel de l’État congolais en matière de justice et de développement local. La crédibilité de Lubanga, personnage controversé et imprévisible, sera au cœur des négociations. Les signataires d’« Aru 2 » exigeront probablement des gages concrets, tandis que Kinshasa devra arbitrer entre la nécessité de la paix et le refus de normaliser un homme condamné pour crimes contre l’humanité.
Sur le terrain, la défiance reste vive. Des organisations locales de défense des droits humains dénoncent régulièrement l’impunité dont bénéficient certains chefs armés ituriens, transformant les processus de paix en simples marchandages politiques. « On négocie avec ceux qui ont brûlé nos villages, sans aucune justice pour les victimes », résume un acteur associatif sous couvert d’anonymat. L’intégration de Lubanga dans le dialogue risquerait donc de fragiliser l’accord d’Aru 2, si d’autres mouvements estiment que la violence finit toujours par être récompensée.
Par ailleurs, cette annonce intervient à un moment où la RDC prépare des opérations de désarmement forcé contre plusieurs milices récalcitrantes. En acceptant de négocier, Lubanga contourne peut-être une menace militaire imminente. Mais il pourrait aussi chercher à gagner du temps pour réorganiser ses troupes. La communauté internationale, déjà éprouvée par l’échec de précédents accords dans l’Est, observe avec prudence. Le véritable test ne sera pas la signature d’un énième document, mais la capacité concrète de la CPR à libérer les enfants soldats encore présents dans ses rangs et à déposer les armes sans conditions.



