Le président Félix Tshisekedi est à Kampala ce 12 mai 2025 pour assister à l’investiture de Yoweri Museveni. Il profite de ce déplacement pour clore la 9ᵉ session de la commission permanente mixte RDC Ouganda. Ce double rendez vous diplomatique confirme l’importance stratégique de ce voisin pour Kinshasa. Partenaire militaire dans l’est congolais, l’Ouganda est aussi devenu le premier marché d’exportation de la RDC. Pourtant, cette relation affiche des signes évidents de tension.
Les discussions en cours à Kampala aboutissent à la signature de six mémorandums d’entente. Les secteurs concernés sont variés : commerce, transport, télécommunications et administration. Trois axes routiers sont déjà en construction pour fluidifier les échanges, dont la route Mpondwe Kasindi Beni, financée conjointement. La RDC est désormais la principale destination des exportations ougandaises, avec une hausse de 29 % en deux ans et plus de 962 millions de dollars perçus lors de l’exercice 2024 2025. L’objectif affiché est de dépasser le milliard de dollars. Une ambition réaliste, mais fragile.
Ce rapprochement ne date pas de novembre 2019 et des premiers échanges au plus haut niveau. En mai 2025, Vital Kamerhe, alors président de l’Assemblée nationale congolaise, s’était rendu à Entebbe avec un message qualifié de spécial de Tshisekedi pour Museveni. Un mois plus tard, les deux armées signaient à Kinshasa un mémorandum pour poursuivre l’opération Shujaa contre les ADF, ces combattants d’origine ougandaise affiliés à l’État islamique et actifs dans l’est de la RDC. Ce partenariat militaire était alors présenté comme un modèle de coopération régionale.
L’investiture de Museveni, à laquelle Tshisekedi tient à participer personnellement, envoie un signal fort à la région. Washington tente actuellement de rapprocher Kinshasa et Kigali autour des minerais stratégiques. En se montrant aussi proche de Kampala, Tshisekedi cherche à ne pas marginaliser l’Ouganda, voisin incontournable et acteur militaire influent dans l’est congolais. Mais cette double allégeance comporte un risque : celui de voir le Rwanda interpréter ce rapprochement comme une provocation. À court terme, la barre du milliard de dollars d’échanges est atteignable, mais elle dépendra de la stabilité sécuritaire dans les zones frontalières.
Pourtant, l’alliance montre ses fissures. Le général Muhoozi Kainerugaba, fils de Museveni et chef d’état major de l’armée ougandaise, a publiquement menacé les wazalendos, ces milices alliées des forces congolaises. Il a également exigé le départ du général Johnny Luboya, gouverneur militaire de l’Ituri, province frontalière de l’Ouganda. Des sorties unilatérales que Kinshasa a mal acceptées. Ce mélange de coopération économique et de rivalité militaire est la marque de fabrique des relations entre grands voisins dans les Grands Lacs. La question n’est pas de savoir si cette alliance va durer, mais à quel prix pour la souveraineté congolaise dans l’est du pays.



