Les États-Unis et le Nigeria ont mené de nouvelles frappes aériennes dimanche 17 mai contre le groupe État islamique dans le nord-est du Nigeria, visant notamment un haut responsable de sa branche ouest-africaine. Confirmée par le Commandement américain pour l’Afrique (Africom), cette opération intervient vingt-quatre heures après l’élimination d’un autre cadre important de l’organisation. Signe d’une intensification sécuritaire rare, ces frappes consécutives illustrent un changement de rythme dans la coopération entre Abuja et Washington.
Les frappes ont ciblé les localités de Metele et Dogon Chukwu, dans l’État de Borno, zone frontalière du Niger et du Tchad, épicentre historique de l’insurrection jihadiste. Selon les autorités nigérianes, une vingtaine de combattants ont été éliminés, dont Abu Bilal al Minuki, figure clé de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (EIAO), et plusieurs de ses lieutenants. Abuja précise qu’aucun soldat américain n’a été déployé au sol, les États-Unis se limitant officiellement à un appui en renseignement. Pourtant, le New York Times affirme qu’un commando américain a participé à l’assaut contre la résidence d’al Minuki, sans que cette version soit officiellement confirmée.
Depuis décembre dernier, l’armée américaine avait déjà mené des frappes en coordination avec le Nigeria, notamment le jour de Noël dans l’État de Sokoto, officiellement pour soutenir les chrétiens locaux. Mais ces nouvelles opérations marquent un tournant : elles interviennent après dix sept ans d’insurrection jihadiste dans le nord est du Nigeria, une région où l’armée nigériane, souvent critiquée pour son manque d’efficacité et ses exactions, peinait jusqu’ici à endiguer la progression de l’EIAO. Pour de nombreux chercheurs, l’intensité récente de l’engagement américain traduit un regain d’intérêt stratégique de Washington pour le Sahel et le bassin du lac Tchad.
À court terme, cette coopération accrue risque de modifier l’équilibre des forces sur le terrain, mais aussi de susciter des tensions politiques internes au Nigeria, où la présence militaire étrangère reste un sujet sensible. L’EIAO, aujourd’hui considérée par les spécialistes comme la branche la plus active et la plus compétente de l’État islamique, pourrait réagir par une surenchère d’attentats spectaculaires pour préserver sa crédibilité. À moyen terme, Washington semble vouloir éviter un déploiement massif au sol tout en consolidant un modèle de frappes ciblées, similaire à celui utilisé au Sahel central. Reste à savoir si Abuja acceptera de pérenniser cette dépendance opérationnelle.
Les images diffusées par Africom montrent des frappes de précision sur un groupe de motos ainsi que sur des bâtiments, signe d’une surveillance aérienne renforcée. Mais ce type d’opération pose une question éthique et stratégique récurrente : jusqu’où les États-Unis peuvent ils aller sans bases au sol et sans contrôle direct des populations ? Les frappes de drones et les commandos clandestins, même efficaces contre les cadres jihadistes, ne remplaceront jamais une stratégie politique locale cohérente. Le Nigeria, pays fragile aux fractures profondes, reste incapable pour l’instant de proposer une alternative crédible à l’insurrection, au delà de la réponse militaire. Et c’est bien là que le bât blesse.



