La République démocratique du Congo fait face à un retour brutal du virus Ebola, cette fois sous sa souche rare Bundibugyo. Le séquençage réalisé par l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) à Kinshasa l’a confirmé : l’épidémie actuelle, qui frappe principalement la province de l’Ituri, n’a aucun lien génétique avec les précédentes flambées de 2007 et 2012. Une réapparition inquiétante, car cette souche n’avait plus été impliquée dans une épidémie depuis quatorze ans.
À Bunia, capitale provinciale de l’Ituri, ainsi que dans la zone minière de Mongwalu, les cas se multiplient. Selon les chiffres du ministère de la Santé, on dénombre déjà 435 cas suspects et 116 décès probables. La progression est rapide : deux nouveaux foyers ont été annoncés lundi soir, l’un à Butembo au Nord-Kivu, l’autre à Nyankunde en Ituri. Dans cette dernière localité, un médecin américain en poste depuis trois ans a été contaminé en soignant des patients. Son épouse et un proche, tous deux Américains et asymptomatiques, ont été placés en quarantaine.
Le professeur Jean-Jacques Muyembe, patron de l’INRB et co-découvreur d’Ebola, est formel : il ne s’agit pas d’un virus qui aurait circulé silencieusement avant de ressurgir. La maladie a une nouvelle fois franchi la barrière des espèces. « Pour le moment, nous n’avons pas encore mis la main sur le réservoir animal, explique-t-il. On soupçonne toujours les chauves-souris. Et comme chez nous en RDC, on en consomme beaucoup, cela peut être la cause de cette épidémie. » Ce schéma de transmission animal être humain est classique, mais il complique la riposte tant que le réservoir exact n’est pas identifié.
L’absence de traitement ou de vaccin spécifiquement homologué contre la souche Bundibugyo impose une stratégie différente. Le professeur Muyembe annonce la mise en place de protocoles pour tester des candidats vaccins et évaluer une éventuelle protection croisée à partir des outils efficaces sur d’autres souches. En attendant, les autorités misent sur les mesures barrières. « Pas de panique, a déclaré le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya. On va éviter les contacts, y compris avec les morts selon les rites habituels. Il faut limiter les rassemblements. » Une approche défensive, mais fragile face à une progression rapide.
La présence de soignants parmi les victimes n’est pas un détail. Elle révèle la porosité des dispositifs de protection sur le terrain, même pour des personnels expérimentés. Le médecin américain contaminé à Nyankunde travaillait pour une organisation humanitaire chrétienne. Son cas illustre un problème récurrent lors des épidémies en Afrique centrale : la lassitude des équipes, la faiblesse des infrastructures locales et la difficulté à appliquer strictement les protocoles dans des zones reculées. Tant que le réservoir animal ne sera pas identifié et que les vaccins croisés ne seront pas testés, la RDC restera en état d’alerte maximale. L’histoire épidémiologique du pays, qui a vu naître plusieurs souches d’Ebola, rappelle une vérité dérangeante : le virus frappe toujours là où on l’attend le moins, et souvent mieux que la dernière fois.



