La Tanzanie a annoncé la découverte de gisements significatifs de terres rares à Mkiu, dans la région de Njombe, au sud du pays. Les minerais identifiés sont du néodyme et du praséodyme, deux métaux essentiels à la fabrication de véhicules électriques, d’éoliennes, de smartphones et de systèmes de défense. Cette annonce, encore peu détaillée, place d’emblée Dar es Salaam sur la carte des producteurs émergents de minéraux critiques en Afrique de l’Est.
Les travaux d’exploration sont menés en coopération avec la société chinoise Hongji Mining Co. Ltd, qui a déjà achevé une première phase d’études. Les autorités tanzaniennes évaluent désormais une superficie de 280 km² pour déterminer la viabilité commerciale du site. Selon l’ingénieur Lucas Mlekwa, responsable régional des mines à Njombe, ces minerais sont « extrêmement précieux » et pourraient générer d’importantes retombées économiques pour le pays, à condition que l’exploitation à grande échelle se confirme.
La Tanzanie ne figure pas encore parmi les poids lourds africains des terres rares. L’Afrique du Sud abrite plusieurs projets établis, tandis que Madagascar possède des gisements d’argiles ioniques reconnus mondialement. Le Burundi et le Malawi attirent aussi l’attention des investisseurs. Pourtant, Dar es Salaam dispose déjà d’un atout de taille : le projet Ngualla, considéré comme l’un des plus importants gisements non exploités de terres rares au monde. L’ajout de Mkiu pourrait, si les chiffres tiennent leurs promesses, changer la donne régionale.
Reste une inconnue majeure : la Tanzanie parviendra t elle à briser la domination chinoise sur le raffinage des terres rares ? Pékin contrôle aujourd’hui l’essentiel des capacités mondiales de transformation, et l’implication de Hongji Mining Co. Ltd dans l’exploration locale ne garantit pas que la valeur ajoutée reste sur place. Les autorités tanzaniennes devront négocier fermement pour éviter de devenir un simple fournisseur de minerai brut. À moyen terme, c’est la capacité du pays à attirer des partenaires multiples et à bâtir une chaîne de valeur nationale qui déterminera son poids réel.
Lucas Mlekwa a espéré que la Tanzanie « figurera parmi les pays qui tireront profit du commerce de ces minerais sur les marchés régionaux et internationaux ». Une formulation prudente, qui en dit long sur le stade précoce du projet. Aucune réserve chiffrée n’a été communiquée, aucun calendrier d’exploitation n’est fixé. Dans un secteur où les annonces de découvertes précèdent souvent de plusieurs années la production réelle, il convient d’attendre les évaluations détaillées avant de crier à la révolution minière.
La présence de Hongji Mining Co. Ltd illustre une tendance de fond : les entreprises chinoises consolident leur emprise sur les minerais stratégiques africains, de la RDC au Zimbabwe, du Mali à la Tanzanie. Pour Dar es Salaam, l’enjeu est de ne pas répéter les erreurs du passé, lorsque des contrats déséquilibrés ont privé le pays d’une part juste des revenus miniers. Si la transition énergétique mondiale accélère la demande, elle ne profite pas automatiquement aux États producteurs. La rigueur des négociations et la transparence des futurs contrats diront si Mkiu devient une opportunité ou une nouvelle dépendance.



