À peine investi, Romuald Wadagni a nommé son premier gouvernement. L’annonce est tombée quelques heures après la cérémonie du 24 mai. La nouvelle équipe compte 24 membres, dont plusieurs figures du dernier cycle Talon. Mais aucun représentant des opposants ralliés en campagne n’y figure.
Environ un tiers des ministres sortants sont reconduits. Certains changent de portefeuille, à l’image d’Olushegun Adjadi Bakari, qui quitte la diplomatie pour le Tourisme, le Commerce extérieur et l’Industrie. La Défense et la Sécurité passent sous l’autorité directe du président. Quant à l’Économie et aux Finances, ancien poste de Wadagni, elle revient à son ex-directeur général Aristide Médenou, secondé par trois ministres délégués.
Ce gouvernement s’inscrit dans la stricte continuité du régime Talon, dont Wadagni fut le ministre de l’Économie pendant huit ans. Les critiques dénoncent une mainmise technocratique et une absence de rupture politique. Le nouveau chef de l’État, élu dans un scrutin contesté par une partie de l’opposition, avait promis un « rassemblement ». Mais son premier acte fort ignore les transfuges de l’opposition qui avaient pourtant appelé à voter pour lui.
Le premier conseil des ministres est prévu mercredi 27 mai. Ce calendrier rapide témoigne d’une volonté d’afficher une continuité immédiate dans l’action publique. À moyen terme, deux défis se dessinent : l’efficacité sécuritaire, placée sous la houlette directe du président, et la gestion des attentes des ralliés de l’opposition, aujourd’hui écartés des postes clés. Leur silence pourrait être de courte durée.
Un quart des postes revient à des femmes. C’est un ratio honorable au regard des standards ouest africains, mais qui ne constitue pas une avancée décisive. Parmi elles, Corinne Brunet, ambassadrice à Paris, hérite des Affaires étrangères. Une nomination qui mise sur la technocratie diplomatique plus que sur la représentation politique locale.
L’absence des opposants ralliés en campagne est la décision la plus lourde de sens. Wadagni leur doit théoriquement une partie de sa marge de victoire. En les écartant, il prend le risque de briser toute dynamique de ralliement futur. Mais il évite aussi de distribuer des postes à des profils sans expérience gouvernementale. Ce choix révèle sa logique : la compétence technique prime sur la construction d’une coalition politique durable.



