Le Cameroun veut rompre avec la logique qui fait de la santé une simple variable d’ajustement budgétaire. À l’issue d’une audience entre le ministre de l’Économie, Alamine Ousmane Mey, et le représentant de l’OMS au Cameroun, Dr Magaran Monzon Bagayoko, Yaoundé a clairement affirmé sa volonté de faire de la santé un investissement économique structurant. L’objectif : renforcer la résilience du système sanitaire national face à des crises de plus en plus fréquentes.
Derrière les échanges protocolaires, une convergence stratégique s’est dégagée : le financement durable de la santé est devenu une priorité des politiques publiques. Alamine Ousmane Mey a défendu l’idée que l’investissement sanitaire n’est plus justifié par de seuls impératifs sociaux, mais aussi par ses effets attendus sur la productivité, la réduction de la pauvreté et la stabilité sociale. Cette inflexion traduit une prise de conscience : un système de santé fragile coûte plus cher à l’économie qu’une prévention ambitieuse.
Cette orientation s’inscrit dans le deuxième pilier de la Stratégie nationale de développement 2025 2030 (SND30), qui place le capital humain au cœur de la transformation économique. La rencontre intervient par ailleurs en marge de la 79e Assemblée mondiale de la santé à Genève, où le Cameroun est représenté par son ministre de la Santé. Sur le continent, la menace Ebola reste vive, et Yaoundé a récemment renforcé sa surveillance sanitaire pour éviter toute importation du virus. Le contexte international tendu rappelle brutalement que la santé est aussi une affaire de sécurité.
Le gouvernement annonce la tenue prochaine des États généraux de la santé, présentés comme une large concertation nationale destinée à repenser l’organisation et le financement du système. Ces assises prolongent la première conférence médicale nationale de 2022, qui avait réuni près de 1 500 participants autour des faiblesses chroniques du secteur : accès aux soins, coût des traitements, inégalités territoriales et gouvernance hospitalière. L’enjeu est de passer du diagnostic récurrent à une feuille de route contraignante.
Le véritable test de cette ambition reste le financement durable de la Couverture santé universelle (CSU). Sur ce point, l’OMS a insisté sur la nécessité d’un cadre législatif solide et de mécanismes d’assurance maladie efficaces. Or, au Cameroun, les dépenses de santé sont encore largement supportées directement par les ménages. Cette configuration fragilise l’accès aux soins pour les plus vulnérables et réduit la capacité du pays à absorber des chocs sanitaires sans coût social élevé.
Les discussions ont également porté sur la Stratégie nationale de financement intégré que le gouvernement souhaite étendre au secteur de la santé. L’idée est de mieux mobiliser les ressources publiques, privées et internationales pour construire un financement plus stable, moins dépendant des logiques d’urgence. L’appui de l’OMS est un levier technique et stratégique utile. Mais la réussite dépendra avant tout de la capacité des autorités à transformer les déclarations d’intention en mécanismes concrets. Sans réduction effective de la vulnérabilité financière des ménages, le discours sur la résilience restera lettre morte.



