Le Botswana s’apprête à entrer dans le cercle très fermé des grands producteurs africains de manganèse. La compagnie canadienne Giyani Metals a publié fin mai l’étude de faisabilité définitive de son projet K.Hill, qui confirme la viabilité économique d’une exploitation estimée à 25 ans. Ce document ouvre la voie à la construction de la première mine de manganèse de l’histoire du pays, et place Gaborone sur une carte minière jusqu’ici dominée par l’Afrique du Sud et le Gabon.
Selon l’étude, K.Hill devrait produire 1,5 million de tonnes de sulfate de manganèse monohydraté de haute pureté et 99 000 tonnes d’oxyde de manganèse de haute pureté sur la durée de vie du projet. L’investissement initial atteint 535 millions de dollars, pour une valeur nette actualisée de 481,5 millions et un taux de rendement interne de 20,3 %. Contrairement à la majorité des productions africaines actuelles, la future mine botswanaise ne visera pas la sidérurgie, qui concentre pourtant plus de 90 % de la demande mondiale, mais exclusivement le marché des batteries pour véhicules électriques et systèmes de stockage d’énergie.
L’Afrique domine déjà largement l’offre mondiale de manganèse. En 2025, l’United States Geological Survey estimait la production planétaire à 20 millions de tonnes. L’Afrique du Sud, le Gabon et le Ghana cumulent à eux seuls 14,6 millions de tonnes. La Côte d’Ivoire complète le tableau, mais avec des volumes marginaux. Pourtant, cette production est massivement destinée à l’acier. La Chine ne produit que peu de manganèse brut, mais elle contrôle près de 95 % des capacités de raffinage mondiales. Une dépendance stratégique que les pays occidentaux cherchent à réduire, notamment pour sécuriser les chaînes d’approvisionnement des batteries.
Le timing de K.Hill n’est pas neutre. Giyani Metals anticipe un déficit d’offre pour le manganèse de qualité batterie d’ici 2029, selon des analyses de marché commandées à SC Insights et Fastmarkets. Le projet botswanais pourrait ainsi capter une partie de la demande croissante des constructeurs automobiles occidentaux, pressés de diversifier leurs sources d’approvisionnement face à la mainmise chinoise sur le raffinage. Mais tout repose désormais sur la capacité de Giyani à boucler le financement de la construction, étape la plus délicate.
Au Botswana, l’enjeu dépasse la seule bataille industrielle du manganèse. L’économie du pays reste structurellement dépendante des diamants, qui représentent environ 70 % des exportations, un tiers des recettes budgétaires et un quart du PIB. La récession de 2,8 % enregistrée en 2024, conséquence directe de la faiblesse persistante du marché de la pierre précieuse, a rappelé brutalement les limites de ce modèle. K.Hill s’inscrit donc dans une stratégie plus large de diversification minière, qui voit aussi émerger des projets dans le cuivre, le nickel et l’uranium.
Reste une inconnue de taille : le calendrier. Le permis d’exploitation a bien été délivré par Gaborone en septembre 2024, mais Giyani Metals n’a encore fourni aucune date pour le début des travaux. Une lettre d’intention de la Banque d’import export des États-Unis (EXIM) pour un financement de 225 millions de dollars a été annoncée l’an dernier, sans aboutir à un accord contraignant. Comme le rappelle Nigel Robinson, président exécutif par intérim de Giyani, l’étude de faisabilité définitive constitue « une étape importante vers une solution viable ». Encore faut-il que les fonds suivent.



