Ce dimanche, près de sept millions de Guinéens sont attendus aux urnes pour renouveler leur Parlement et leurs conseils communaux. Les premiers bureaux de vote ont ouvert à l’étranger, notamment en Thaïlande, donnant le coup d’envoi d’un scrutin que les autorités présentent comme l’ultime étape du retour à l’ordre constitutionnel. Après un référendum et une présidentielle en 2025, ces élections législatives et locales doivent achever la transition politique ouverte après le renversement d’Alpha Condé en 2021.
Plus de 6,9 millions d’électeurs, dont 3,63 millions de femmes, sont inscrits sur les listes. La Direction générale des élections (DGE) a déployé 23 681 bureaux de vote sur l’ensemble du territoire et dans les représentations diplomatiques. En Thaïlande, le premier électeur, Mohamed Gassama, a voté sans incident, selon les autorités consulaires. Aucun trouble majeur n’a été signalé dans les premières heures, et le matériel électoral était disponible. Les candidatures pour les communales dépassent le millier, réparties sur les 375 communes du pays.
Ces scrutins s’inscrivent dans une transition sous tension. Après le putsch du 5 septembre 2021, la junte dirigée par le colonel Mamadi Doumbouya a promis une refonte des institutions. Le référendum constitutionnel du 21 septembre 2025 et l’élection présidentielle du 28 décembre 2025 ont déjà eu lieu. Mais sans Parlement ni conseils locaux élus, le pouvoir restait fragile sur le plan démocratique. Les législatives et communales de ce dimanche sont donc perçues comme le chaînon manquant d’un processus que beaucoup d’observateurs jugent précipité, malgré les assurances des autorités.
L’issue du scrutin déterminera l’équilibre politique pour les années à venir. Un Parlement sans majorité claire pourrait paralyser les réformes, tandis qu’une chambre dominée par le camp présidentiel renforcerait l’emprise de l’exécutif. Du côté des communales, l’opposition voit une chance d’ancrer des bastions locaux. L’Union européenne, qui a déployé 600 observateurs et 65 moniteurs, surveille de près la régularité du vote. La reconnaissance internationale de la transition guinéenne dépendra en grande partie de la sincérité de ces élections.
Les autorités électorales affirment avoir bouclé les préparatifs entre le 25 et le 26 mai, avec la réception des derniers lots de bulletins et documents sécurisés. Des sessions d’information ont été organisées pour les observateurs nationaux et internationaux, afin de limiter les contestations. La directrice générale des élections, Djenabou Touré Camara, a reçu l’ambassadeur de l’Union européenne, Xavier Sticker, pour des discussions sur la sécurité et l’organisation. Ce niveau de transparence affiché reste néanmoins à prouver sur le terrain, où les accusations de fraudes ont émaillé les précédents scrutins.
Au-delà des chiffres et des procédures, ces élections posent une question de fond : la transition guinéenne tient-elle ses promesses ? Les autorités parlent d’une « étape décisive » pour consolider les institutions. Mais pour une partie de la société civile et de l’opposition, le calendrier accéléré cache une volonté de verrouiller le nouvel ordre politique avant que les contre-pouvoirs ne puissent s’installer. Le taux de participation, la gestion des contentieux et la sérénité du scrutin diront si la Guinée tourne vraiment la page ou si elle n’achève qu’une première phase d’un long chemin démocratique.



