Le Burundi a obtenu vendredi un appui financier de 11 millions de dollars de la part du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (CDC Afrique) pour renforcer sa prévention et sa riposte contre le virus Ebola. L’annonce a été faite par le directeur général de l’institution, Jean Kaseya, à l’issue d’une visite à Bujumbura. Cette enveloppe, issue de partenaires extérieurs, vise à empêcher l’entrée de la maladie sur un territoire déjà fragilisé par des années de crise politique et sanitaire.
Ce financement répond à un plan national de préparation élaboré par le ministère burundais de la Santé, dont les besoins avaient été évalués à 15 millions de dollars. Il manque donc encore 4 millions pour boucler le budget. Le ministre burundais de la Santé, Fidèle Nkezabahizi, a indiqué que les actions concrètes du projet débuteraient très prochainement. Le CDC Afrique a salué les premières mesures prises par le pays, notamment l’élaboration d’un plan opérationnel de riposte, mais rien ne garantit pour l’instant que son déploiement sera à la hauteur de la menace.
L’alerte n’est pas théorique. Depuis le 15 mai, une nouvelle épidémie d’Ebola a été officiellement déclarée en République démocratique du Congo, pays voisin du Burundi. L’Ouganda est également touché. Selon le CDC Afrique, plus d’un millier de cas suspects ont déjà été recensés. Surtout, onze autres pays africains sont désormais considérés comme exposés à un risque élevé : Soudan du Sud, Rwanda, Kenya, Zambie, Centrafrique, Tanzanie, Éthiopie, Angola, République du Congo, Somalie, et donc le Burundi. La région des Grands Lacs se retrouve une fois de plus sur le front sanitaire.
Les 11 millions de dollars ne sont qu’un début. Leur efficacité dépendra de la rapidité d’exécution sur le terrain, de la formation des personnels de santé et de la capacité à surveiller les points d’entrée frontaliers, notamment avec la RDC et le Rwanda. Le Burundi dispose d’un système de santé sous-financé et d’un historique de défiance entre la population et les autorités. En cas de premier cas confirmé, la gestion de la communication et la mobilisation communautaire seront des tests cruciaux. Sans transparence et sans confiance, l’argent ne suffira pas.
Un point mérite attention : le CDC Afrique parle de « pays exposés à un risque élevé », mais tous ne disposent pas des mêmes capacités de riposte. Le Burundi, contrairement au Kenya ou à l’Éthiopie, ne bénéficie pas d’infrastructures logistiques régionales solides. Ses aéroports sont peu équipés pour le contrôle sanitaire, et ses laboratoires manquent de réactifs. L’ancienneté de la crise politique post‑2015 a également vidé le système public de nombreux cadres compétents. Dans ce contexte, l’appui financier est nécessaire, mais il ressemble davantage à un pansement qu’à une stratégie structurelle.
Enfin, il serait naïf d’ignorer la dimension diplomatique. Ce décaissement intervient alors que les relations entre Bujumbura et ses voisins, notamment le Rwanda, restent exécrables. Or, une épidémie ne respecte pas les frontières politiques. Aucun plan burundais ne sera pleinement efficace sans une coordination régionale. L’argent du CDC Afrique ne pourra pas, à lui seul, combler l’absence de confiance entre États. La vérité est dérangeante : le Burundi reçoit 11 millions de dollars pour un problème qui en exigerait davantage, en argent, en coopération et en réforme interne.



