Neuf jours seulement après son investiture, le président béninois Romuald Wadagni entame une tournée diplomatique au Niger et au Burkina Faso, deux des trois pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES). Une séquence politique forte, qui intervient après des années de relations tumultueuses entre Cotonou et les régimes militaires sahéliennes. Le message est clair : Wadagni fait de la coopération régionale, y compris avec des voisins ostracisés par la Cédéao, une priorité de son mandat.
Attendu ce mardi à Niamey puis à Ouagadougou, le chef de l’État béninois rencontrera respectivement le général Abdourahamane Tiani et les autorités burkinabè. Ces entretiens portent sur la sécurité, le terrorisme et la reprise des échanges économiques. Dans son discours d’investiture, Wadagni avait déjà martelé une phrase devenue clé : « Dans une sous-région confrontée au péril terroriste, nous sommes condamnés à travailler ensemble. » Ses déplacements traduisent cette ligne, à rebours de la stratégie d’isolation longtemps défendue par une partie de l’Afrique de l’Ouest.
Les relations entre le Bénin et le Niger s’étaient dangereusement crispées après le coup d’État de juillet 2023 à Niamey. Fermeture prolongée de la frontière commune, accusations nigériennes de présence de bases militaires étrangères sur le sol béninois, démenties par Cotonou : tout avait contribué à une rupture progressive du dialogue politique et commercial. Pendant des mois, l’AES et les pays du golfe de Guinée ont vécu dos à dos. La cérémonie d’investiture de Wadagni, en présence du Premier ministre nigérien et des chefs de la diplomatie burkinabè et malien, avait pourtant déjà esquissé une réconciliation prudente.
Cette tournée n’est qu’une première étape. Selon plusieurs sources concordantes, Wadagni devrait ensuite se rendre au Togo, en Côte d’Ivoire et au Ghana. L’objectif affiché est de construire un nouveau cadre de coopération sécuritaire et économique, sans attendre un hypothétique retour à l’ordre constitutionnel au Sahel. Mais le président béninois marche sur un fil. Renouer avec l’AES sans braquer la Cédéao, dont le Bénin reste membre, demande une habileté diplomatique rare. L’échec raviverait les tensions. La réussite offrirait au Bénin un rôle central dans l’équilibre fragile de la région.
Ce virage diplomatique n’est pas anodin. Depuis le départ de la France du Sahel et la montée en puissance de l’AES, les pays côtiers comme le Bénin, le Togo ou la Côte d’Ivoire ne peuvent plus ignorer leurs voisins de l’intérieur. La menace terroriste ne s’arrête pas aux frontières administratives. En allant lui-même à Niamey et Ouagadougou, Wadagni envoie un signal fort aux capitales occidentales comme aux institutions régionales : le temps du boycott est révolu. Il reste à savoir si Niamey et Ouagadougou accepteront ce dialogue sans conditions, et si Cotonou saura préserver son équilibre diplomatique sans céder sur ses principes.



