Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale et figure centrale de Pastef Les Patriotes, a exclu mardi tout dépôt d’une motion de censure contre le nouveau gouvernement dirigé par le Premier ministre Ahmadou Alamine Mohamed Lo. Une annonce qui ne traduit pourtant aucun ralliement : son parti refuse toujours de siéger dans l’exécutif, et assume désormais une position de soutien critique sans participation directe.
Devant la presse dakaroise, Sonko a justifié cette double posture par des divergences de fond avec le président Bassirou Diomaye Faye, notamment sur le rôle de la majorité parlementaire dans l’architecture gouvernementale et sur plusieurs arbitrages politiques. Selon lui, les discussions préalables à la formation du gouvernement n’ont pas permis d’aboutir à un consensus. En renonçant à la censure, Pastef écarte l’hypothèse d’une crise institutionnelle immédiate, mais maintient une distance claire avec l’équipe en place.
Ce nouvel épisode s’inscrit dans un calendrier politique tendu. Le gouvernement, composé de 26 ministres et quatre ministres délégués, a été officialisé lundi par décret présidentiel, quelques heures seulement après l’annonce par le comité exécutif de Pastef de son refus d’y participer. Pourtant, le parti reste la première force de l’Assemblée nationale, disposant d’une large majorité. Cette configuration inédite place Pastef dans un rôle d’appui externe, sans le contrôle direct des leviers ministériels.
Les prochains jours diront si ce fragile équilibre résiste à l’épreuve des faits. Le premier Conseil des ministres est prévu le 5 juin, sous la présidence de Bassirou Diomaye Faye. C’est là que se jouera la première confrontation concrète entre la ligne gouvernementale et les attentes des députés pastefiens. À terme, deux scénarios possibles : une cohabitation de travail pragmatique, ou une paralysie larvée si les désaccords stratégiques persistent. Sonko a choisi la voie du dialogue, mais sans rien céder sur l’essentiel.
La sortie médiatique de Sonko est la première réaction politique majeure depuis l’annonce du gouvernement. Elle vise à rassurer sur la stabilité du pays tout en rappelant que Pastef reste un acteur incontournable. Le nouveau gouvernement comprend des figures clés comme Yankoba Diémé aux Forces armées, Cheikh Diba à l’Économie et aux Finances, ou encore Cheikh Niang aux Affaires étrangères. Autant de postes sensibles que les députés de la majorité surveilleront de près, sans pouvoir en orienter directement la politique. La respiration est sauve, mais la confiance, elle, reste à construire.



