Le gouvernement camerounais a annoncé la prolongation jusqu’au 31 juillet 2026 du quatrième recensement général de la population et de l’habitat (RGPH-4), qui devait initialement s’achever le 29 mai. Une décision qui reconnaît, sans fard, les difficultés rencontrées sur le terrain pour collecter des données fiables.
Lancée le 24 avril 2026, l’opération mobilise des milliers d’agents recenseurs, des métropoles aux zones rurales les plus reculées. Pour la première fois, le volet démographique est couplé à une collecte de données sur l’agriculture et l’élevage. Cette approche intégrée vise à produire un portrait inédit des réalités socio économiques du pays, mais elle accroît aussi la complexité logistique. La prolongation de deux mois est officiellement justifiée par la nécessité de réduire les omissions et d’améliorer la couverture territoriale.
Le Cameroun n’a pas réalisé de recensement général depuis près de vingt ans. Les précédentes tentatives ont buté sur des problèmes de financement, de sécurité dans certaines régions et de faiblesse des infrastructures statistiques. Dans ce pays où les projections démographiques servent souvent de béquille à l’action publique, l’enjeu est politique autant que technique. Les données actualisées conditionnent la répartition des ressources, la délimitation des circonscriptions électorales, et la crédibilité des indicateurs de développement face aux bailleurs de fonds.
Si la prolongation améliore la qualité du dénombrement, elle retarde d’autant la publication des résultats préliminaires, attendue pour nourrir les prochaines lois de finances et les programmes sectoriels. Les autorités camerounaises savent que tout retard supplémentaire ou toute donnée jugée fragile affaiblirait leur capacité à négocier avec les institutions financières internationales. À moyen terme, la fiabilité du RGPH-4 déterminera l’efficacité des politiques publiques en santé, éducation, emploi et aménagement du territoire.
Sur le terrain, les obstacles sont concrets : routes impraticables en saison des pluies, hameaux isolés, et retards dans l’acheminement des tablettes numériques. Des agents recenseurs, joints sous couvert d’anonymat, évoquent également des réticences locales, notamment dans les zones où la mémoire des précédents recensements, mal préparés, a laissé des soupçons de manipulation politique. La prolongation jusqu’à fin juillet n’efface pas ces fragilités. Elle les expose.
En couplant démographie et agriculture, le Cameroun fait un pari technique risqué mais stratégique. Ce volet inédit doit permettre de mieux cartographier les exploitations familiales et les cheptels, clés de la sécurité alimentaire et de l’emploi rural. Pourtant, la formation accélérée des agents et l’interprétation croisée des données posent encore question. À ce stade, la prolongation est moins un signe de faiblesse qu’un acte de lucidité : mieux vaut deux mois supplémentaires qu’un recensement inexploitable pendant dix ans.



