Le groupe sud-africain TFG, propriétaire des enseignes Foschini, Sportscene ou encore Jet, va fermer plus de cent magasins d’ici un an. Une décision brutale, alors même que son chiffre d’affaires progresse encore de 7,2 %, à 62,4 milliards de rands (environ 3,8 milliards d’euros). Mais le bénéfice d’exploitation s’effondre de 36 %, et le bénéfice par action chute de 33,5 %. Derrière ces chiffres contradictoires se cache une réalité plus dure : le consommateur sud-africain se serre la ceinture, et le modèle de l’expansion tous azimuts ne fait plus recette.
TFG a identifié quelque 300 points de vente sous-performants ou déficitaires. La moitié d’entre eux disparaîtront dans les prochains mois. Le directeur général, Anthony Thunstrom, assume un diagnostic sans appel : des années d’acquisitions successives ont alourdi la structure, fragmenté la performance et dilué les marges. La priorité n’est plus d’ouvrir, mais de simplifier, de réduire les coûts et de rendre chaque magasin rentable. Un aveu rare dans un secteur habitué à célébrer la croissance du nombre de portes.
L’annonce survient dans un paysage sud-africain à deux vitesses. Une semaine plus tôt, Pepkor, le roi du discount derrière PEP et Ackermans, affichait une hausse de 13,2 % de ses revenus et une progression de 10,3 % de ses bénéfices. Pepkor ouvre des magasins et prépare même le lancement d’une banque en 2027. La fracture est nette : les enseignes tournées vers les ménages modestes, qui composent l’essentiel de la population noire historiquement défavorisée, profitent d’un mouvement de “downgrade” consumériste. À l’inverse, les chaînes de mode positionnées plus haut souffrent des arbitrages budgétaires d’une classe moyenne fragilisée par l’inflation, les coupures d’électricité et un chômage endémique à plus de 32 %.
TFG mise désormais sur le numérique pour survivre. Sa plateforme Bash a généré plus de 3,2 milliards de rands de revenus, l’équivalent de 300 magasins physiques. La direction est claire : le futur passage en caisse se fera en ligne, sans les charges locatives et salariales des centres commerciaux. Les fermetures annoncées ne sont donc pas un repli, mais une réallocation stratégique. L’efficacité par point de vente et la puissance de la data remplacent la course aux mètres carrés. Pour les investisseurs, c’est un test grandeur nature : peut-on rester leader en rétrécissant sa toile ?
La décision de TFG résonne bien au delà de ses seules frontières. Truworths, autre poids lourd sud-africain du textile, avait déjà alerté début 2024 sur la faiblesse des ventes lors des fêtes de fin d’année. Le réflexe pavlovien de l’expansion physique, qui a fait les belles heures du retail africain des années 2000 aux années 2010, touche à sa fin. Sur un continent où l’on ouvre encore des centres commerciaux à Nairobi, Accra ou Luanda, l’exemple sud-africain préfigure une mutation plus profonde : l’Afrique urbaine et connectée n’achète plus comme avant. Ceux qui ne l’auront pas compris risquent de payer cher leurs illusions de croissance.



