L’Égypte a porté sa production de pétrole brut offshore dans la péninsule du Sinaï à 27 000 barils par jour, son plus haut niveau depuis 2017. Cette hausse de plus de 50 % depuis janvier 2025, soit 10 000 barils supplémentaires quotidiens, résulte d’un programme d’optimisation mené avec le major italien Eni. Une bouffée d’oxygène pour un pays asphyxié par sa facture énergétique.
L’exploit est d’autant plus remarquable que ces gisements figurent parmi les plus anciens du pays, avec plus de 60 ans d’exploitation. Là où la décroissance naturelle aurait dû s’imposer, des techniques de récupération assistée et des investissements soutenus ont inversé la tendance. En février 2025, le puits Belayim Offshore 133, opéré par Eni, avait déjà commencé à produire 1 500 barils par jour. Au total, plus de 2,8 millions de barils supplémentaires ont été extraits depuis le début de l’année.

L’enjeu dépasse largement la seule performance technique. L’Égypte produit aujourd’hui entre 500 000 et 515 000 barils par jour, tandis que ses raffineries exigent de 620 000 à 650 000 barils. Un déficit structurel de plus de 100 000 barils quotidiens que Le Caire doit combler par des importations. En mars dernier, le Premier ministre Mostafa Madbouly a alerté sur un doublement de la facture énergétique nationale, avec des achats mensuels de gaz passés de 560 millions à 1,65 milliard de dollars.
Face à cette hémorragie financière, le gouvernement a ordonné aux compagnies pétrolières internationales de contribuer à un doublement de la production nationale d’ici 2030, quitte à réviser les contrats en cours pour les rendre plus attractifs. Le Sinaï n’est qu’une pièce d’un puzzle plus vaste : l’Égypte multiplie les découvertes dans le désert Occidental et le golfe de Suez, tout en accélérant le paiement de ses arriérés aux majors pour restaurer la confiance des investisseurs.
Ne nous y trompons pas : ce rebond spectaculaire sur des actifs vieillissants ne comble qu’une infime partie du déficit. Avec un pic historique à 930 000 barils par jour dans les années 1990, la chute de la production égyptienne reste vertigineuse. Le déclin simultané des grands gisements de gaz aggrave la situation, forçant Le Caire à importer toujours plus. Chaque baril produit localement soulage pourtant les réserves de change, déjà mises à rude épreuve par la flambée des prix mondiaux.
Pour Eni, cette réussite au Sinaï consolide sa position de partenaire privilégié du Caire, dans un pays où le géant italien possède déjà des actifs stratégiques. Pour l’Égypte, la leçon est claire : les vieux champs ne sont pas condamnés à l’obsolescence, à condition d’y injecter capitaux et technologie. Reste à savoir si ce modèle pourra être reproduit à grande échelle, ou s’il ne restera qu’une anecdote technique face à l’ampleur du défi énergétique national.



