Le président mauritanien Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a reçu les leaders de l’opposition lundi 8 juin pour une séance de travail de dix heures. Au cœur des échanges : la crise des hydrocarbures, les restrictions de circulation nocturne et l’avenir du dialogue national. Mais le véritable point de blocage reste la question des mandats présidentiels, que l’opposition veut voir retirée du document préparatoire, et que le pouvoir refuse catégoriquement de renégocier.
Ghazouani a réaffirmé sa volonté de respecter le consensus, mais sans ambiguïté. Il ne forcera jamais la majorité à modifier sa feuille de route préparatoire au dialogue national. L’opposition exige pourtant la suppression de toute clause relative aux « durées et mandats ». Sur les restrictions de circulation nocturne, imposées en avril pour réduire la consommation de carburant, le président a remis aux opposants un rapport technique détaillant les stocks et les contrats avec le principal fournisseur d’hydrocarbures. Un geste de transparence qui n’a pas dissipé les méfiances.
La Mauritanie traverse une période de tensions politiques latentes depuis l’élection de Ghazouani en 2019, première transition pacifique entre deux présidents élus depuis l’indépendance. Pourtant, le dialogue national promis par le pouvoir piétine. L’opposition dénonce un processus verrouillé par la majorité, tandis que le pouvoir justifie sa prudence par l’instabilité régionale, notamment au Sahel. La question des mandats n’est pas anodine. Elle touche à la révision constitutionnelle et à la possibilité pour le président actuel de briguer un second mandat, hypothèse que ses adversaires veulent enterrer avant même qu’elle ne soit formulée.
Rien n’indique qu’un compromis soit proche. Ghazouani mise sur l’usure et sur un sentiment de responsabilité nationale face aux menaces extérieures pour faire plier l’opposition. Celle ci, divisée, peine à porter une contre proposition unifiée. Le risque est réel d’un dialogue national lancé sans les principaux opposants, ce qui fragiliserait sa légitimité. À moyen terme, la gestion des hydrocarbures et des restrictions nocturnes pourrait aussi alimenter une contestation sociale si la situation économique se dégrade.
Samba Thiam, président des Forces progressistes pour le changement, résume le malaise. Il pointe des réponses présidentielles jugées évasives sur le blocage du dialogue national et déplore l’incapacité de l’opposition à parler d’une seule voix. Cette autocritique rare traduit un mal profond. L’opposition mauritanienne, historiquement éclatée, n’a pas encore trouvé la forme d’unité lui permettant de peser réellement. Ghazouani, lui, a appelé à une « opposition responsable », une formule qui sonne comme une mise en garde avant l’isolement.



