La Libye a franchi une étape significative dans la reconstruction de son secteur pétrolier. La production nationale de pétrole brut et de condensats a atteint 1,49 million de barils par jour, un pic inédit depuis 2013. Ce niveau, qui approche l’objectif officiel d’un million et demi de barils quotidiens, consolide la position du pays comme l’un des tout premiers producteurs du continent, aux côtés du Nigeria, de l’Algérie et de l’Angola.
Cette performance, annoncée par la National Oil Corporation (NOC) à l’issue d’une réunion à Tripoli, est portée par une production de brut s’élevant à 1 438 560 barils par jour, complétée par 49 163 barils de condensats. Le président de la NOC, Massoud Sulaiman, a salué l’engagement des équipes techniques et des opérateurs qui, malgré des défis opérationnels persistants, ont su maintenir ce rythme de production. L’ambition affichée est désormais de poursuivre la hausse d’ici à la fin 2026, afin d’accroître des revenus pétroliers qui restent le poumon de l’économie libyenne.
Cette reprise intervient plus d’une décennie après l’effondrement du régime de Mouammar Kadhafi en 2011. Le secteur, pilier de l’économie, n’a cessé d’être secoué par les rivalités politiques, les blocages des infrastructures et les conflits armés. Si la Libye possède les plus grandes réserves prouvées de pétrole d’Afrique, estimées à 48 milliards de barils, soit environ 41% du total continental, leur exploitation est restée très en deçà de son potentiel. La remontée actuelle, centrée sur les bassins de Syrte et de Murzuq, est donc un signal fort de résilience pour un pays en quête de stabilité.
La poursuite de cette dynamique dépend toutefois de plusieurs facteurs. La NOC entend restaurer sa capacité de raffinage, notamment en visant la réouverture de la raffinerie de Ras Lanuf (220 000 barils par jour), à l’arrêt depuis 2013. Parallèlement, le retour des grandes compagnies pétrolières est une aubaine, mais la prudence reste de mise. En février dernier, un premier appel d’offres depuis 2007 a vu des géants comme Chevron, Eni, Repsol ou QatarEnergy remporter des blocs, mais sur les vingt proposés, seuls cinq ont trouvé preneurs. Ce résultat démontre que, malgré un intérêt renouvelé, les investisseurs internationaux observent toujours avec circonspection l’évolution du cadre politique et sécuritaire.
Les flux d’exportation confirment l’ancrage européen du pétrole libyen. Selon les données de l’Energy Information Administration (EIA) américaine, cinq pays européens, menés par l’Italie et l’Espagne, ont absorbé 71% des exportations de brut libyen sur les neuf premiers mois de 2025. L’Italie, à elle seule, a importé 13,4 millions de tonnes de brut libyen, représentant près d’un quart de ses approvisionnements totaux. Ces chiffres illustrent l’importance stratégique de la Libye pour la sécurité énergétique du Vieux Continent, d’autant plus dans un contexte de diversification des sources d’approvisionnement.
La présence de l’entreprise nigériane Aiteo, qui s’est vu attribuer le bloc Murzuq M1, apporte une touche panafricaine à cette relance. Ce lotissement, bien que symbolique, souligne que la Libye n’attire pas uniquement les supermajors occidentales ou moyen-orientales, mais aussi des acteurs du continent. Cela dit, le faible nombre de blocs attribués lors de la ronde de février révèle la persistance d’une certaine frilosité des investisseurs. La NOC devra donc convaincre, par la stabilité retrouvée et la transparence de sa gouvernance, pour que la reprise actuelle, aussi spectaculaire soit-elle, ne reste pas un simple feu de paille.



