Jeudi, le gouvernement du capitaine Ibrahim Traoré a autorisé l’exploitation industrielle de la mine d’or de Bouboulou, confiée à la société publique SOPAMIB. Pour la première fois, l’État se pose en opérateur direct, et non plus en simple concédant. Le permis accordé à la filiale SOPAMIB Bouboulo S.A. marque une rupture nette avec le modèle libéral hérité des années 2000, où les compagnies étrangères régnaient sans partage sur le sous-sol burkinabè.
La mine, située dans la commune de Yako (région du Yaadga), dispose de réserves estimées à 10,77 millions de tonnes de minerai, avec une teneur moyenne de 0,64 gramme d’or par tonne. Le taux de récupération métallurgique atteint 88 %, ce qui permettrait une production totale de 7,27 tonnes d’or sur quinze ans. Selon les projections officielles, les retombées directes pour le budget de l’État avoisineront 39 milliards de FCFA, hors dividendes. À cela s’ajoutent 4,4 milliards destinés au Fonds minier de développement et 966 millions réservés à la réhabilitation du site. Le projet promet aussi plus de 1 200 emplois directs et indirects.
Le Burkina Faso, pays sahélien parmi les premiers producteurs aurifères d’Afrique de l’Ouest, a longtemps subi une extraction dominée par des acteurs canadiens, britanniques ou australiens, avec des contrats jugés déséquilibrés. La montée des violences djihadistes a en partie fragilisé ces concessions étrangères, poussant l’exécutif à réclamer une meilleure répartition de la rente. Le renforcement des capacités de la SOPAMIB et la prise de participation directe de l’État dans plusieurs gisements répondent à une logique de souveraineté économique, mais aussi sécuritaire : l’or est souvent accusé de financer les groupes armés, via des filières parallèles.
La SOPAMIB devra démontrer sa capacité à gérer un projet industriel d’envergure, de l’extraction à la commercialisation, alors que le Burkina Faso ne dispose pas d’expertise historique en tant qu’exploitant. Le ministre Yacouba Zabré Gouba évoque « une révolution » et « une rupture avec la concession passive ». Mais les défis techniques, financiers et sécuritaires sont immenses : la mine se trouve dans une zone exposée aux incursions jihadistes, et les coûts de production pourraient ronger les marges si la teneur s’avère inférieure aux estimations. Le gouvernement mise sur un effet d’entraînement pour attirer des financements publics et privés, mais les bailleurs internationaux observent prudemment la stabilité juridique du pays, sous régime militaire depuis 2022.
Contrairement à la Guinée ou à la RDC, le Burkina n’a pas de tradition de régie publique dans ce secteur. La création de SOPAMIB Bouboulo S.A. ressemble à un test grandeur nature : réussira-t-elle à être rentable sans subventions croisées ? Les premiers bilans ne sont pas attendus avant deux ans, mais la pression sociale est forte, car les communautés locales espèrent des retombées concrètes, au-delà des chiffres officiels. Un ingénieur des mines, sous couvert d’anonymat, confie : « L’État veut prouver qu’il peut faire mieux que les privés. Mais les privés ont une expérience des aléas géologiques et des cours mondiaux. Il faudra une gestion rigoureuse, presque chirurgicale. »
L’histoire minière africaine est jalonnée de trous abandonnés et de sols contaminés. Si Bouboulou devient une vitrine d’une exploitation durable et transparente, le Burkina pourra légitimement exiger plus des compagnies étrangères. Dans le cas contraire, ce pari risqué donnera des arguments aux détracteurs d’un État entrepreneur. Quoi qu’il en soit, la décision de Ouagadougou redessine la carte des investissements miniers au Sahel, à un moment où le Mali et le Niger, voisins sous régimes militaires, révisent aussi leurs codes miniers. L’or reste une arme géopolitique, et le Burkina vient de charger son propre munitionnaire.



