La pollution plastique liée à l’agriculture s’impose comme un péril environnemental et sanitaire majeur sur le continent africain, au point d’alerter désormais les plus hautes instances internationales. Lors d’un webinaire régional organisé par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), experts et décideurs ont convenu que l’absence criante de systèmes de collecte et de recyclage transforme les bénéfices du plastique en un fardeau toxique pour les sols, les eaux et les populations. Le constat est sans appel : sans action coordonnée et immédiate, les déchets agricoles plastiques risquent de saper durablement les bases mêmes des systèmes alimentaires africains.
Films de paillage qui asphyxient les terres, sacs d’engrais abandonnés en bordure des champs, emballages et équipements de pêche jetés à la mer : les plastiques agricoles sont devenus incontournables dans la production vivrière africaine, mais leur gestion reste dramatiquement lacunaire. La FAO souligne que, si ces matériaux apportent des gains de productivité indéniables, leur cycle de vie est aujourd’hui aveugle : collecte défaillante, recyclage anecdotique, et incinération sauvage qui libère des substances cancérigènes. Le représentant régional adjoint de la FAO pour l’Afrique, Ayman Omer, a martelé que le Code de conduite volontaire provisoire (VCoC) offre pourtant une boussole claire, mais que son application se heurte à l’indifférence politique et au manque de moyens financiers sur le terrain.
Ce cri d’alarme s’inscrit dans une réalité continentale où la croissance démographique et l’urbanisation accélérée poussent à intensifier l’usage des intrants plastiques, sans que les infrastructures de traitement suivent le rythme. L’Afrique subsaharienne, déjà fragilisée par la dégradation des sols et le dérèglement climatique, voit ses écosystèmes agricoles subir une double peine : la pollution plastique compromet la fertilité des terres et contamine les chaînes alimentaires, tandis que les engrais chimiques, souvent conditionnés dans des sacs non recyclables, alimentent un cercle vicieux de dépendance et de dégradation. Historiquement, les politiques agricoles ont privilégié la production au détriment de la gestion des déchets, laissant les communautés rurales supporter seules le coût environnemental de ce modèle.
Les perspectives esquissées lors du webinaire dessinent néanmoins des voies de sortie, à condition que les États et les acteurs privés assument leurs responsabilités. À court terme, des projets pilotes comme FARM au Kenya, qui expérimente la responsabilité élargie des producteurs, ou les essais de paillis en fibre de coco au Ghana, montrent que des alternatives techniques existent. Mais leur passage à l’échelle exige des investissements lourds et une volonté politique que rien ne garantit pour l’instant. À moyen terme, la FAO prévoit de tester des sacs de semis biodégradables dans les pépinières de cacao jusqu’en 2026, tandis que des équipements de pêche biodégradables font leurs preuves au Kenya. L’enjeu est désormais de transformer ces initiatives isolées en politiques publiques contraignantes, sans quoi le continent restera prisonnier d’une dépendance plastique aux conséquences irréversibles.
L’étude présentée par le Partenariat africain pour les engrais et l’agroalimentaire (AFAP) met en lumière un paradoxe : les agriculteurs sont largement sensibilisés aux risques, mais ils se heurtent à un mur d’infrastructures défaillantes et de réglementations lettre morte. Sur le terrain, les collecteurs informels qui rachètent certains plastiques ne couvrent qu’une infime partie des volumes, et les usines de recyclage, quand elles existent, sont concentrées dans les zones urbaines, inaccessibles aux zones rurales. Les experts ont pointé du doigt le manque criant de dispositifs d’incitation économique, comme la consigne ou la tarification différenciée, qui pourraient pourtant inverser la tendance sans bouleverser les habitudes de production.
Face à cette impasse, les participants ont rejeté l’idée d’une solution miracle et plaident pour une approche systémique mêlant alternatives biodégradables, emballages réutilisables et fiscalité verte. Les expériences ghanéennes avec le paillis de fibre de coco, ou les filets biodégradables kenyans, prouvent que la substitution technique est viable, mais elle reste coûteuse et peu diffusée. Les intervenants ont insisté sur la nécessité d’une coopération renforcée entre gouvernements, entreprises agroalimentaires et organisations paysannes, seuls à même de créer des filières locales de valorisation des déchets. La FAO a réaffirmé son engagement à accompagner les pays dans l’application du VCoC, mais a prévenu : sans un sursaut des budgets nationaux et une pression citoyenne organisée, ces recommandations resteront des vœux pieux. La pollution plastique agricole n’est pas une fatalité, mais elle deviendra une crise ingérable si l’Afrique continue de la traiter comme un sujet secondaire.



