Le Parlement béninois a adopté le 10 juillet une loi historique, abrogeant à titre provisoire les dispositions du Code électoral relatives à la Commission électorale nationale autonome (CENA), l’institution chargée de l’organisation des scrutins dans le pays. Cette décision radicale, qui prend effet à quelques jours seulement de l’expiration du mandat des membres en exercice, le 14 juillet, place le Bénin dans une situation inédite. L’organe en charge des élections se retrouve en sommeil, et tout le processus électoral futur est suspendu à une refonte complète de son statut et de son fonctionnement.
La loi n°2026-14 ne se contente pas de vider la CENA de sa substance ; elle organise précisément sa mise au rebut administrative et financière. Un décret en Conseil des ministres devra prochainement fixer les modalités de conservation du patrimoine matériel et immatériel de l’institution, ainsi que les conditions de liquidation de ses engagements financiers. Les prestataires et fournisseurs de la Commission sont toutefois rassurés : ils seront réglés sur la base des factures régulièrement établies. Par ailleurs, le personnel de la CENA ne sera pas laissé pour compte, puisqu’il sera mis à la disposition de l’administration publique pendant cette période transitoire, évitant ainsi une déstabilisation brutale des cadres techniques.
Cette mise à l’arrêt provisoire de la machine électorale intervient dans un climat politique et institutionnel marqué par des tensions récurrentes autour de la gestion des processus électoraux. La CENA, créée pour garantir l’autonomie et l’impartialité des scrutins, a souvent été au cœur de controverses, accusée par l’opposition historique de servir les intérêts du pouvoir en place. En supprimant temporairement l’institution, les autorités béninoises, sous la présidence de Patrice Talon, semblent vouloir répondre à des critiques structurelles, tout en préparant un nouvel arsenal juridique. L’objectif affiché est d’adapter l’organe électoral à la nouvelle architecture institutionnelle du système, issue des réformes constitutionnelles de ces dernières années, mais cette méthode radicale suscite déjà des interrogations quant à la sincérité et à l’indépendance du futur dispositif.
Pour l’instant, aucun calendrier ni aucune feuille de route claire n’ont été dévoilés concernant la future configuration de la CENA. Les modalités de la réforme annoncée restent floues, et le Parlement n’a pas précisé si cette refonte impliquera une modification profonde de la composition, de la nomination des membres ou des prérogatives de l’organe. Cette situation d’incertitude est d’autant plus préoccupante que le Bénin, qui n’a pas d’élection majeure immédiate, pourrait voir ce vide institutionnel perdurer. La société civile et les partis politiques, en particulier ceux de l’opposition, attendent des garanties sur la transparence du processus, sous peine de voir cette réforme perçue comme une mainmise de l’exécutif sur le contrôle des élections.
Le choix d’abroger purement et simplement les dispositions existantes, plutôt que d’amender la loi en vigueur, est un signal fort envoyé par les autorités. Cela témoigne d’une volonté de rompre avec le passé, mais aussi d’une forme d’urgence politique, alors que le mandat des commissaires arrivait à son terme. Les observateurs soulignent que la mise à disposition du personnel technique auprès de l’administration générale pourrait être une aubaine, mais qu’elle risque aussi de diluer les compétences spécialisées nécessaires à l’organisation d’un scrutin. Les prestataires, pour leur part, restent dans l’attente des décrets d’application pour savoir si leurs créances seront effectivement honorées dans les délais.
À l’heure où la démocratie béninoise est scrutée par ses partenaires internationaux, cette réforme de la CENA est une pierre de plus à l’édifice de la construction d’un système politique personnalisé. L’absence de concertation préalable avec les forces vives de la nation sur cette suppression provisoire interroge la méthode employée par le gouvernement. Les prochaines semaines seront décisives : le contenu du décret et la manière dont sera menée la refonte de l’organe électoral détermineront si cette interruption est un mal nécessaire pour une meilleure architecture électorale, ou un coup porté à l’indépendance d’une institution clé. Une chose est sûre : le Bénin entre dans une phase transitoire délicate, dont l’issue engagera la crédibilité de ses prochaines échéances démocratiques.



