L’ancien président de l’Assemblée nationale ivoirienne, Guillaume Soro, en exil depuis plusieurs années, vient de franchir un cap idéologique inattendu. Son mouvement, Génération et peuples solidaires (GPS), officiellement dissous par la justice ivoirienne, a dévoilé une nouvelle doctrine politique baptisée la Mériquité. Ce texte fondateur, pensé par Soro lui-même, se veut une rupture nette avec les héritages idéologiques occidentaux et une réponse aux questionnements récurrents des militants sur l’identité politique du mouvement.
La Mériquité se présente comme une pensée structurée, élaborée après de longues semaines de débats entre politologues, sociologues, anthropologues et juristes. Elle écarte d’emblée toute filiation avec le socialisme, le capitalisme, le marxisme, le communisme ou la social-démocratie. Ses promoteurs assument un rejet catégorique des étiquettes du XXe siècle et affirment que cette doctrine incarne une voie propre, adaptée aux réalités contemporaines de l’Afrique, loin des modèles importés qui ont souvent échoué à répondre aux défis locaux.
Ce positionnement survient dans un contexte politique ivoirien marqué par la dissolution de GPS et l’impossibilité pour Soro de rentrer au pays. L’exil a transformé son leadership : de figure de la rébellion puis du pouvoir, il est devenu un opposant sans parti reconnu, mais qui continue d’influencer une partie de la scène politique. La Mériquité s’inscrit dans cette trajectoire, comme un outil de légitimation intellectuelle et de distinction, face à un pouvoir qu’il accuse de piloter un système compradore et ultra-libéral. Elle entend répondre à une demande de sens chez ses soutiens, tout en redessinant les contours d’une opposition en quête de cohérence.
Les perspectives ouvertes par cette doctrine restent floues, mais le mouvement promet d’en détailler prochainement les applications concrètes en matière de gouvernance et d’économie. Si la Mériquité veut peser, elle devra sortir du champ théorique et proposer des mécanismes opérationnels sur la fiscalité, la répartition des richesses ou la régulation des marchés. À terme, elle pourrait servir de socle à une éventuelle candidature de Soro, si les conditions politiques venaient à évoluer en Côte d’Ivoire. Mais pour l’heure, elle reste une déclaration d’intention, dont la crédibilité dépendra de sa capacité à se traduire en actes.
Pour asseoir sa légitimité, le mouvement n’hésite pas à comparer Guillaume Soro aux grands penseurs fondateurs du libéralisme, du communisme ou du conservatisme, tels que Locke, Marx ou Burke. Une mise en perspective qui vise à donner à la Mériquité une stature historique, mais qui suscite aussi le scepticisme chez les observateurs, tant l’écart est grand entre l’ambition affichée et les réalisations politiques du mouvement. La doctrine se construit surtout par opposition : contre le socialisme qui subordonne l’individu au collectif, contre le communisme qui abolit la propriété privée, contre le fascisme qui noie l’humain dans un nationalisme étouffant, et contre la social-démocratie qui ne rompt pas vraiment avec le libéralisme.
Au cœur de la Mériquité se trouve l’individu, mais un individu inscrit dans une histoire, une famille et des charges sociales. La doctrine part du postulat qu’aucun être humain ne naît libre de tout héritage, et que son accomplissement passe nécessairement par le concours du collectif. En retour, la communauté doit reconnaître et protéger le mérite personnel, sans l’absorber ni le confisquer. Cet équilibre entre dette sociale et mérite individuel constitue le socle anthropologique de la Mériquité, qui entend ainsi se distinguer aussi bien des modèles égalitaristes que des systèmes ultra-libéraux. Reste à savoir si ce fragile équilibre pourra résister à l’épreuve du pouvoir et des réalités économiques du continent.



