Le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) est à nouveau plongé dans une crise de légitimité. Le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a fait savoir qu’il ne jugeait « pas opportun de prendre acte » de la convention extraordinaire du 21 décembre 2025, qui a consacré le retour de Maurice Kamto à la présidence du parti. Une position qui, si elle n’invalide pas formellement l’élection interne, ouvre une brèche dans laquelle s’engouffrent les contestataires et ravive la défiance du principal mouvement d’opposition envers les autorités.
Cette correspondance adressée à un ancien cadre du MRC, désormais exclu, répond à une requête déposée le 23 décembre dernier. Ce militant, opposé à la réélection de Maurice Kamto, demandait au ministère de ne pas « entériner » les résolutions de la convention. Huit mois plus tard, la réponse du ministre fait écho à cette demande, sans toutefois prononcer une annulation explicite. Le MRC, qui estimait avoir clos ce débat interne au lendemain du scrutin présidentiel de 2025, dénonce une « tentative de déstabilisation » et refuse de voir l’administration s’immiscer dans ses affaires internes.
Ce bras de fer s’inscrit dans une séquence politique tendue au Cameroun. Maurice Kamto, dont la candidature à la présidentielle de 2025 sous la bannière du Manidem a été invalidée par les instances électorales, avait démissionné du MRC quelques semaines avant d’y revenir, le 21 décembre, lors d’une convention qualifiée d’extraordinaire par ses partisans, mais contestée par une frange interne. Le ministère de l’Administration territoriale, qui exerce la tutelle sur les partis, détient un pouvoir discrétionnaire en matière d’enregistrement des modifications statutaires. Si sa lettre n’a pas de portée juridique contraignante sur l’existence même du parti, elle affaiblit symboliquement la direction Kamto et offre un levier aux opposants internes.
La suite du conflit se jouera devant les tribunaux. Le 24 septembre, le directoire du MRC et les contestataires sont convoqués à une audience judiciaire portant sur la régularité de la convention du 21 décembre. L’issue de cette procédure déterminera si Maurice Kamto peut légalement représenter le parti dans ses démarches futures, notamment en vue des échéances locales et législatives. Pour le MRC, il y va de sa capacité à se présenter comme une alternative crédible. Pour le pouvoir, cette affaire est un moyen de maintenir une pression constante sur une opposition qu’il fragmente depuis plusieurs années.
Ce n’est pas la première fois que le MRC se heurte à l’administration. Sous le mandat de Paul Biya, plusieurs partis d’opposition ont vu leurs congrès contestés ou leurs dirigeants empêchés de se déplacer. Le ministère de l’Administration territoriale est régulièrement accusé par la société civile de jouer un rôle d’arbitre partial dans la vie politique. Dans ce contexte, la réponse de Paul Atanga Nji apparaît moins comme une décision technique que comme un signal politique adressé à Maurice Kamto et à ses soutiens.
Du côté du MRC, la stratégie est claire : faire de cette affaire un symbole de la dérive autoritaire du régime. Le secrétaire général adjoint du parti a prévenu que le MRC ne « laissera pas le groupe qui contrôle le pouvoir continuer à provoquer impunément les Camerounais ». Reste à savoir si cette mobilisation rhétorique se traduira par une dynamique de rue ou si elle restera cantonnée aux prétoires. Le parti, qui a connu des heurts violents avec les forces de l’ordre par le passé, semble pour l’heure privilégier la voie judiciaire.
En attendant l’audience du 24 septembre, cette correspondance ministérielle agit comme un révélateur : elle expose les fragilités internes du MRC, les divisions persistantes sur son leadership, mais aussi la mainmise administrative du pouvoir sur le jeu partisan. Pour les observateurs, ce contentieux est un nouvel épisode d’une guerre d’usure entre le régime et ses opposants, où chaque camp cherche à contrôler les règles du jeu politique. Une chose est sûre : la bataille pour la légitimité du MRC ne se limite plus à ses seuls militants, elle est désormais sur la place publique et dans les prétoires.



