La Chine a appelé ses ressortissants à quitter « dès que possible » l’Eswatini et déconseille désormais les voyages vers ce petit royaume d’Afrique australe, invoquant une dégradation des conditions de sécurité. La décision intervient toutefois dans un contexte diplomatique particulièrement sensible. L’Eswatini demeure l’un des très rares États au monde à reconnaître officiellement Taïwan, que Pékin considère comme faisant partie intégrante de son territoire.
Pour justifier son avertissement, le ministère chinois des Affaires étrangères évoque des risques liés à l’ordre public ainsi que des activités criminelles associées à la fraude en ligne et aux jeux d’argent illégaux. Pékin recommande notamment à ses ressortissants présents dans le royaume d’envisager un départ vers des pays voisins, dont l’Afrique du Sud. Les autorités chinoises présentent donc leur décision comme une mesure destinée à protéger leurs citoyens.
Le gouvernement d’Eswatini rejette cependant cette lecture de la situation sécuritaire et soupçonne un arrière-plan diplomatique. Les autorités rappellent que plusieurs ressortissants chinois ont été arrêtés plus tôt dans l’année lors d’opérations policières visant des centres illégaux de jeux d’argent. La porte-parole du gouvernement, Thabile Mdluli, a affirmé que le royaume refusait d’être « contraint, désavantagé » ou « déstabilisé » en raison de ses choix diplomatiques.
La controverse intervient alors que l’Eswatini conserve des relations diplomatiques officielles avec Taipei, malgré les efforts de Pékin pour isoler Taïwan sur la scène internationale. Le président taïwanais Lai Ching-te s’est rendu dans le royaume en mai. Une visite prévue initialement un mois plus tôt avait été reportée, Taipei accusant alors la Chine d’avoir exercé des pressions sur d’autres pays afin qu’ils ferment leur espace aérien au dirigeant taïwanais. Pékin rejette régulièrement les relations officielles entretenues par des États étrangers avec les autorités de l’île.
Les tensions dépassent le seul dossier sécuritaire. En mai, la Chine avait annoncé la suppression des droits de douane sur les importations provenant de nombreux pays africains, tout en excluant l’Eswatini de cette mesure. Cette différence de traitement avait renforcé les interrogations sur les instruments économiques utilisés par Pékin pour convaincre les derniers partenaires diplomatiques de Taipei de modifier leur position.
Enclavé entre l’Afrique du Sud et le Mozambique, l’Eswatini, anciennement appelé Swaziland, se retrouve ainsi au centre de la rivalité diplomatique entre Pékin et Taipei. Sous le règne du roi Mswati III, le royaume maintient jusqu’ici son alliance avec Taïwan malgré son isolement croissant sur le continent. L’avertissement adressé aux ressortissants chinois ajoute une nouvelle source de tension. S’il est officiellement présenté comme une mesure de sécurité, son calendrier nourrit les soupçons des autorités d’Eswatini, qui y voient une pression supplémentaire liée à leur refus de rompre avec Taipei.



