Le groupe pétrolier public algérien Sonatrach intensifie sa présence au Niger, bien au-delà de la simple exploration. Après des années de coopération timide, Alger et Niamey multiplient les projets communs, de la production de brut à la distribution de carburants, en passant par le raffinage. Cette offensive s’inscrit dans une volonté affichée par Sonatrach de s’imposer comme un acteur clé de l’énergie en Afrique de l’Ouest, en mettant à profit son savoir-faire technique et sa capacité d’investissement.
Au cœur de ce dispositif, le bloc pétrolier de Bilma, dans l’est du Niger, fait l’objet d’une révision de son étude de faisabilité, étape préalable à l’élaboration d’un plan de développement. Selon les autorités nigériennes, ce gisement situé entre Diffa et Agadez pourrait produire plus de 20 000 barils par jour pendant deux décennies. Parallèlement, la filiale de Sonatrach, ENAFOR, a entamé en août le forage du puits d’exploration Kafra Sud-Est 1, dans la région d’Agadez, avec une profondeur visée de près de 4 000 mètres. Les réserves potentielles y sont évaluées à plus de 260 millions de barils, dans le cadre d’un contrat de partage de production signé en 2015 et renouvelé en 2022.
Les liens entre Sonatrach et la Société nigérienne du pétrole (Sonidep) se sont élargis en juin avec la signature de trois mémorandums d’entente. Ils couvrent l’acquisition et le traitement de données sismiques par Enageo, la création d’une coentreprise pour les travaux de forage avec ENAFOR, et un accord de distribution avec Naftal, incluant la fabrication et le stockage de bitume. Une première cargaison de brut nigérien a déjà été commercialisée conjointement au terminal béninois de Sèmè, marquant l’entrée dans une phase opérationnelle concrète de cette alliance.
Les deux pays travaillent également à la modernisation de la raffinerie de Zinder, afin d’accroître les capacités locales et de sécuriser l’approvisionnement du marché nigérien. Des sessions de formation pour la maintenance des installations sont prévues en Algérie, et des discussions sont en cours pour la création d’un centre d’approvisionnement en bitume à Zinder. Ces projets s’ajoutent aux réflexions entamées en janvier 2025 sur une nouvelle raffinerie et un complexe pétrochimique dans la région de Dosso, illustrant l’ambition de long terme des deux partenaires.
Cette coopération énergétique intervient après une période de tensions diplomatiques consécutives au coup d’État de juillet 2023 au Niger, notamment autour de la médiation algérienne et de la gestion migratoire. Le dialogue a toutefois repris, aboutissant à la visite du président nigérien Abdourahamane Tiani à Alger en février 2026. Ce rapprochement politique offre un cadre favorable à une coopération économique que Niamey, producteur de 90 000 barils par jour, entend mettre à profit pour mieux valoriser ses ressources, tandis qu’Alger cherche à diversifier ses débouchés et à renforcer son rôle continental.
Pour le Niger, l’enjeu est de sortir de sa dépendance à l’exportation de brut brut vers le Bénin et de développer une industrie locale du raffinage. Pour l’Algérie, dont les hydrocarbures représentent en moyenne 92 % des exportations et 43 % des recettes budgétaires, ces partenariats africains sont essentiels pour maintenir son influence régionale et compenser le déclin prévisible de certaines productions domestiques. Sonatrach présente ces projets comme un levier de renforcement des infrastructures et des échanges intra-africains, une rhétorique qui colle aux objectifs affichés de la Zone de libre-échange continentale.
Si les annonces et les protocoles d’accord se multiplient, la mise en œuvre effective reste soumise à des défis logistiques, sécuritaires et financiers. La région de Diffa est régulièrement secouée par des attaques jihadistes, et les investissements requis pour Bilma et Kafra sont considérables. Néanmoins, la volonté politique affichée des deux capitales, couplée à l’expertise technique de Sonatrach, laisse présager un ancrage durable de l’Algérie dans le secteur pétrolier nigérien, de l’exploration à la commercialisation, en passant par le raffinage. Le Niger pourrait ainsi devenir, à moyen terme, une pièce maîtresse de la stratégie africaine de Sonatrach.



