Abuja, lundi 31 août – L’opposition nigériane se réunit à partir de ce jour dans la capitale fédérale pour tenter de poser les bases d’une stratégie commune en vue de la présidentielle de 2027. Organisé par le collectif G-100, ce sommet rassemble des responsables politiques et des représentants de la société civile, mais l’ambition affichée n’est plus de désigner un candidat unique. L’heure est plutôt à la construction d’un cadre de coopération entre les principales forces critiques du régime sortant, alors que la campagne électorale est déjà engagée.
Derrière ce changement d’approche, les organisateurs assument un constat réaliste : les divisions historiques de l’opposition, renforcées par des ambitions personnelles et des appareils partisans rivaux, rendent improbable un ralliement derrière une seule figure. Atiku Abubakar (ADC) et Peter Obi (NDC), respectivement deuxième et troisième de la dernière élection, sont attendus autour de la table. Mais leur présence ne signifie pas une renonciation à leurs propres parcours électoraux. Le G-100, piloté par Salihu Lukman, ancien cadre du parti au pouvoir, insiste sur un mot d’ordre clair : la division est un choix, la coopération doit désormais devenir une stratégie.
Depuis son arrivée au pouvoir, le chef de l’État fait face à des contestations sociales récurrentes et à des critiques sur sa gestion des réformes monétaires et énergétiques. L’opposition, longtemps fragmentée entre partis ethniques et régionalistes, peine à incarner une alternative crédible. Les tentatives de coalition passées ont échoué, faute de mécanismes de confiance et de partage du pouvoir. Ce rendez-vous d’Abuja est donc perçu comme un test de maturité politique pour des formations qui ont tout à prouver face à un président sortant déjà en campagne.
Les cinq groupes de travail thématiques créés lors de ce sommet disposent de quatre semaines pour élaborer des accords programmatiques et stratégiques. Mais ces travaux n’ont aucun caractère contraignant : chaque parti reste libre d’adopter ou non les conclusions. Ce flou institutionnel pourrait affaiblir la portée du rassemblement, d’autant que le Parti travailliste (LP), pourtant membre historique de l’opposition, a décliné l’invitation, estimant disposer d’une structure suffisamment solide pour mener seul la compétition. Cette défection réduit la représentativité de la coalition et interroge sur sa capacité à peser réellement sur le scrutin de 2027.
Pour plusieurs observateurs, l’enjeu dépasse la présidentielle : il s’agit de construire un socle commun de propositions sur la gouvernance économique, la sécurité et la réforme fédérale. Des thèmes qui, s’ils étaient traités collectivement, pourraient redéfinir le débat public nigérian. Mais encore faudrait-il que les partis acceptent de transcender leurs intérêts immédiats, ce que l’histoire politique du pays rend peu évident.
Avec une élection prévue dans un peu plus d’un an, chaque semaine compte. L’opposition n’a plus le luxe d’atermoiements. Si les groupes de travail aboutissent à des engagements concrets d’ici fin septembre, une dynamique nouvelle pourrait émerger. Dans le cas contraire, ce sommet pourrait n’être qu’une énième déclaration d’intention sans lendemain, renforçant la position du président sortant, qui lui, n’attend pas pour structurer sa propre machine électorale.



