Lors de la 21e session extraordinaire de la Conférence des chefs d’État de l’UA, le président John Dramani Mahama a approuvé le Plan d’action de Luanda et le nouveau modèle de déclenchement des opérations africaines. Son message est clair : l’Afrique doit financer, piloter et exécuter ses propres missions de soutien à la paix, sans attendre la validation ni la mainmise des bailleurs extérieurs. Une prise de parole qui ne relève pas du vœu pieux, mais d’une exigence opérationnelle face à l’urgence sécuritaire sur le continent.
Mahama a insisté sur la nécessité d’un financement « durable, prévisible et géré par les Africains », en saluant la résolution 2719 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui autorise le recours aux contributions des États membres onusiens pour les opérations de paix de l’UA. Mais il a aussitôt mis en garde : ce mécanisme ne doit pas diluer l’appropriation politique ni la responsabilité africaine sur le terrain. Le président ghanéen a également appuyé la mobilisation d’un milliard de dollars pour le Fonds pour la paix, via un prélèvement de 0,2 % sur les importations et l’appel au secteur privé et aux banques panafricaines. Des leviers concrets, mais dont la mise en œuvre reste tributaire de la volonté politique de chaque État membre.
Pays hôte du premier contingent de Casques bleus africains en 1960, le Ghana a toujours fait de la paix un pilier de sa diplomatie. Mais cette nouvelle position reflète aussi un constat amer : les opérations de paix menées sous l’égide de l’UA ont trop souvent été sous-financées, sous-équipées et dépendantes des calendriers occidentaux. La résolution 2719, adoptée en 2023, marque un tournant, mais sa mise en œuvre piétine face aux réticences budgétaires de certains pays du Nord. Mahama le rappelle sans détour : l’Afrique ne peut plus se contenter de soutiens aléatoires, elle doit structurer sa propre capacité de réponse, y compris face aux crises hybrides et aux groupes armés non étatiques qui prospèrent dans les zones grises.
Présentant les conclusions de la conférence « Prochaines étapes » organisée à Accra, il a esquissé un dispositif institutionnel inédit : un Conseil consultatif de haut niveau sur la justice réparatrice et un groupe d’experts internationaux dédié à la restitution des biens culturels pillés. En saluant les excuses du Vatican et de l’archevêque de Canterbury, ainsi que le fonds de 100 millions de livres sterling annoncé par ce dernier lors de sa visite au Ghana, Mahama ne célèbre pas des avancées symboliques. Il les instrumentalise pour créer un précédent et contraindre d’autres États européens à s’aligner sur une logique de reconnaissance et de compensation.
Le président ghanéen voit dans la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies une fenêtre de tir pour consolider un front commun entre l’UA, la CARICOM et la diaspora africaine. L’enjeu est d’obtenir que les réparations ne soient plus reléguées au rang de simple question morale, mais traitée comme un volet légitime de la justice transitionnelle et du développement. Parallèlement, le modèle de financement de la paix africaine sera scruté, notamment l’engagement réel des États membres à prélever les 0,2 % sur leurs importations. Le Ghana, par sa double interpellation, pousse l’UA à sortir de sa zone de confort diplomatique. Reste à savoir si ses pairs suivront, ou si ces déclarations resteront, une fois de plus, des paroles fortes dans un théâtre d’engagements sans suite.



