Uber a annoncé, mercredi 2 septembre, la fermeture immédiate de ses activités au Nigeria et en Ouganda, après douze ans de présence dans ces deux pays. Cette décision, présentée comme le résultat d’un « examen approfondi de ses activités » dans le cadre d’une restructuration mondiale, met fin à une aventure qui avait fait de la plateforme un acteur majeur du transport urbain sur le continent.
Le retrait est effectif dès l’annonce. Au Nigeria, Uber comptait à son apogée plus de 5 000 chauffeurs partenaires, mais la concurrence locale et internationale a progressivement érodé sa part de marché. Des applications comme Bolt et inDrive, plus agressives sur les prix et mieux adaptées aux usages locaux, ont pris le relais. En Ouganda, SafeBoda et Yango ont imposé un modèle hybride mêlant motos-taxis et VTC, rendant la position d’Uber de plus en plus marginale.
Ce double départ s’inscrit dans une tendance lourde. Uber avait déjà quitté la Côte d’Ivoire en 2024 et la Tanzanie en janvier 2025. Partout, la plateforme américaine a buté sur des concurrents mieux ancrés dans les réalités économiques locales, souvent soutenus par des pouvoirs publics soucieux de promouvoir des champions nationaux. Au Nigeria, l’émergence de LagRide, financée par des fonds publics et privés locaux, a symbolisé cette évolution. En Ouganda, la régulation favorable aux acteurs locaux a accéléré l’effritement de l’avantage historique d’Uber.
Uber ne disparaît pas totalement du continent. Le groupe conserve ses positions en Afrique du Sud, son premier marché africain, ainsi qu’au Kenya et au Ghana. Il a par ailleurs fait son retour au Maroc en misant sur le tourisme, après sept ans d’absence. Ce recentrage sélectif suggère une stratégie de concentration sur les marchés jugés rentables et stables, au détriment de zones où la concurrence et les coûts opérationnels rendent l’équilibre économique plus fragile.
Les analystes voient dans ce retrait un aveu d’échec du modèle unique d’Uber face à des écosystèmes numériques africains de plus en plus diversifiés. Les concurrents locaux ont su proposer des tarifs plus bas, des modes de paiement adaptés aux habitudes locales (mobile money) et une meilleure réactivité aux demandes des conducteurs. Uber, malgré sa notoriété, a tardé à ajuster son offre, pénalisé par des coûts de structure globaux et une image perçue comme étrangère.
La fermeture laisse des milliers de chauffeurs partenaires sans revenu immédiat, même si nombre d’entre eux avaient déjà basculé vers d’autres plateformes. Les syndicats locaux dénoncent une décision brutale, sans plan de transition. À Lagos comme à Kampala, cette sortie rappelle la fragilité des emplois liés à l’économie de plateforme, et pose la question de la protection sociale des travailleurs indépendants dans un secteur en pleine mutation.
Au-delà des chiffres, ce désengagement illustre un tournant : les géants mondiaux du numérique ne peuvent plus imposer leurs modèles sans adaptation profonde aux réalités africaines. La bataille du VTC en Afrique se joue désormais sur le terrain de la proximité culturelle, de la flexibilité tarifaire et des partenariats avec les autorités locales. Uber l’a appris à ses dépens, et sa nouvelle carte du continent en porte la trace.



