Le Premier ministre sénégalais, Al Aminou Lo, a choisi l’offensive pédagogique, mardi à l’Assemblée nationale, pour défendre un programme d’assainissement des finances publiques qui ne dit pas son nom. Face à une dette jugée insoutenable et à des subventions devenues trop coûteuses, il a présenté un plan de rationalisation des dépenses et de reprofilage de la créance comme seule voie pour redonner de l’air à un État sous tension. L’enjeu est immense : restaurer la confiance des marchés et des partenaires multilatéraux, sans sacrifier les équilibres sociaux fragiles du pays.
Derrière le langage policé de la « rationalisation », c’est un véritable tournant budgétaire qui se dessine. Al Aminou Lo a détaillé les mesures phares du programme conclu avec le FMI : maîtrise de la masse salariale, optimisation des dépenses de biens et services, et réforme en profondeur du secteur parapublic, avec la suppression annoncée de 19 agences et la fusion de plusieurs structures. Sur les subventions, l’objectif est clair : les ramener à 1 % du PIB d’ici 2029, soit environ 250 milliards de francs CFA, contre un niveau actuel bien plus élevé. Le gouvernement promet un ciblage exclusif des populations vulnérables, abandonnant progressivement les subventions généralisées sur l’électricité et les carburants.
Ce virage s’inscrit dans un contexte économique et politique dégradé. Le Sénégal a subi cinq dégradations successives de sa notation financière, signe d’une défiance croissante des investisseurs et des agences de rating. La dette publique, dont le profil et le coût ont été alourdis par des années de gestion contestée, impose désormais des choix douloureux. Le gouvernement assume ce tournant en le présentant comme un retour à la responsabilité, mais il le fait sous la houlette du FMI, dont les recommandations conditionnent une partie des financements extérieurs. Une tutelle implicite que l’exécutif peine à masquer, même s’il insiste sur la continuité avec ses propres engagements antérieurs.
Pour sortir de l’ornière, Al Aminou Lo mise sur un reprofilage de la dette, et non sur une restructuration qui serait plus radicale. L’allongement des maturités et la renégociation des taux d’intérêt, appuyés par le FMI et la Banque mondiale, doivent permettre de gagner du temps sans déclencher de défaut. Mais cette stratégie comporte un risque politique majeur : les créanciers privés et les partenaires bilatéraux accepteront-ils ces nouvelles conditions ? Et surtout, le gouvernement pourra-t-il maintenir le cap social, alors que la réduction des subventions risque de frapper les ménages les plus modestes, en dépit des promesses de ciblage ? Le pari est étroit.
Le Premier ministre a par ailleurs lié ce redressement budgétaire à un projet de souveraineté économique et énergétique. Il a annoncé l’arrivée du gaz naturel liquéfié (GNL) pour alimenter la Senelec à partir de janvier 2027, tout en appelant à un accord avec la Mauritanie et BP sur le projet Grand Tortue Ahmeyim. Dans le secteur minier, un nouveau code est attendu avant fin 2026, avec l’ambition de générer 600 milliards de francs CFA de recettes annuelles d’ici 2029. Ces annonces visent à ancrer la rigueur dans une vision de long terme, mais elles supposent des investissements massifs et une stabilité politique que les marchés ne sont pas certains d’obtenir.
Enfin, Al Aminou Lo a étendu sa feuille de route à la souveraineté alimentaire et à la défense. Les objectifs chiffrés pour le riz, les pommes de terre, les oignons ou la viande sont ambitieux, mais ils butent sur des contraintes structurelles – foncier, irrigation, accès aux intrants – qui ne se résoudront pas par décret. Parallèlement, il a plaidé pour une loi de programmation militaire et un renforcement de la protection des infrastructures critiques, pétrolières, gazières et numériques. Cette convergence entre rigueur budgétaire, souveraineté nationale et sécurisation des ressources montre que l’exécutif sénégalais veut verrouiller tous les fronts. Reste à savoir si les moyens suivront les annonces, et si la population acceptera le coût de cette ambition.



