Le président burkinabè Ibrahim Traoré a inauguré, le 9 septembre, le Complexe industriel textile des Forces du Burkina Faso (TEXFORCES-BF), situé à Lôgôfourousso, dans la banlieue de Bobo-Dioulasso. Représentant un investissement de 17 milliards de francs CFA, cette usine est dédiée à la transformation locale du coton national pour les besoins militaires, paramilitaires et civils.
TEXFORCES-BF affiche une capacité de traitement de plus de 12 tonnes de coton fibre par jour. À terme, elle devrait produire annuellement 20 millions de mètres de tissus et 6 millions de tenues. Le projet prévoit la création de 600 emplois directs et d’environ 15 000 emplois indirects. Selon le gouvernement, son financement repose notamment sur la mobilisation de ressources des caisses de prévoyance sociale et de sociétés d’État, réorientées vers l’investissement productif. L’ambition affichée est de transformer à terme 50 000 tonnes de coton par an et de générer 20 000 emplois directs.
Cette inauguration s’inscrit dans un contexte de repositionnement stratégique du Burkina Faso, qui cherche à réduire sa dépendance aux importations de produits transformés et à valoriser localement sa production cotonnière. Le pays figure parmi les principaux producteurs de coton en Afrique de l’Ouest, mais l’essentiel de sa production est historiquement exporté en fibre brute. Dans son discours, lu par le ministre de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat, Serge Gnaniodem Poda, le chef de l’État a présenté le complexe comme « l’expression concrète d’un choix historique » visant à « produire ce que nous pouvons produire, transformer ce que nous produisons et compter d’abord sur nos propres forces ». Il a également souligné que « la souveraineté politique ne peut être pleinement consolidée sans la construction progressive d’une souveraineté économique, technologique et industrielle », inscrivant le projet dans le Plan national de développement 2026-2030.
La montée en puissance de TEXFORCES-BF dépendra de plusieurs facteurs : la disponibilité régulière de la matière première, la montée en compétences des équipes, la maintenance industrielle et la capacité à écouler les tenues produites. Si les objectifs annoncés sont atteints, le complexe pourrait réduire sensiblement la facture des importations de textiles et d’uniformes, tout en stimulant une filière locale intégrée. Il reste toutefois à confirmer que le modèle économique, adossé à des ressources sociales et à des sociétés d’État, pourra soutenir la compétitivité de l’usine sur le long terme.
Le choix de Bobo-Dioulasso n’est pas anodin. La deuxième ville du pays est située au cœur d’une zone cotonnière majeure, ce qui limite les coûts de transport de la fibre brute et rapproche l’usine de sa base d’approvisionnement. L’implantation à Lôgôfourousso s’inscrit aussi dans une volonté de décentraliser l’activité industrielle, longtemps concentrée autour de Ouagadougou.
Pour les autorités, TEXFORCES-BF constitue un symbole de souveraineté industrielle. Des observateurs économiques rappellent néanmoins que la transformation locale du coton exige des investissements continus en énergie, en logistique et en formation technique. La réussite du projet ne se mesurera pas seulement au volume de tenues produites, mais aussi à sa capacité à créer une chaîne de valeur durable, capable de résister aux aléas des cours mondiaux du coton et aux contraintes sécuritaires qui pèsent sur certaines zones de production.
Avec TEXFORCES-BF, le Burkina Faso teste un modèle de développement industriel fondé sur la mobilisation de ressources internes et la réponse à des besoins stratégiques. L’initiative dépasse le seul cadre militaire : elle interroge la capacité de l’État à transformer durablement son économie et à réduire sa vulnérabilité aux chocs extérieurs. Le succès de ce complexe dépendra moins du discours d’inauguration que de la rigueur de sa gestion et de la constance des politiques industrielles qui l’accompagneront.



