Seul candidat à sa propre succession, Yacine Idriss Diallo a été réélu samedi 12 septembre 2026 à Yamoussoukro à la tête de la Fédération ivoirienne de football (FIF) pour un second mandat de quatre ans. Cette élection sans suspense confirme la position dominante de l’actuel président, qui avait accédé au pouvoir en avril 2022 à l’issue d’une élection particulièrement disputée.
Le premier mandat d’Idriss Diallo restera indissociable du sacre des Éléphants lors de la Coupe d’Afrique des nations organisée à domicile en 2024, un titre qui a replacé la Côte d’Ivoire au sommet du football continental. À cela s’ajoute la qualification pour la Coupe du monde, un bonus significatif qui a remis le pays dans le concert des grandes nations footballistiques. Le président sortant met également en avant des avancées sociales, notamment l’instauration d’un salaire minimum pour les joueurs de Ligue 1 et de Ligue 2, la relance de toutes les compétitions nationales et le renforcement du football féminin et des jeunes catégories. Selon ses propres termes, la Côte d’Ivoire est passée du 14e ou 15e rang africain à la 5e place continentale sous sa gouvernance.
Cette réélection s’inscrit dans un contexte de reconstruction après une période de turbulences profondes. La FIF avait traversé près de quatre ans de crise, dont plus d’un an sous normalisation décrétée par la FIFA, avant que l’élection de 2022 ne porte Idriss Diallo au pouvoir face à des adversaires de premier plan tels que Sory Diabaté et Didier Drogba. Le scrutin de 2022, particulièrement serré, avait laissé des traces, et le nouveau président avait fait le choix d’ouvrir les bras à l’ensemble des acteurs pour relancer la machine du football ivoirien.
Pour les quatre prochaines années, Idriss Diallo et sa liste affichent un programme articulé autour de six grands axes, avec une priorité affichée : la pérennisation des transformations positives et le développement du football local. L’augmentation des subventions aux clubs constitue la mesure phare de ce second mandat, avec des montants portés de 100 à 140 millions de francs CFA par an pour la Ligue 1 et de 50 à 70 millions pour la Ligue 2. L’objectif affiché est ambitieux : permettre aux clubs de générer leurs propres ressources et de ne plus dépendre exclusivement des subventions fédérales à l’horizon 2030. Le président entend également convoquer rapidement des états généraux du football ivoirien, se disant ouvert à toutes les contributions.
Pourtant, le bilan du premier mandat laisse apparaître une faille majeure que les observateurs ne manquent pas de souligner : le football local demeure le point faible du système. Fernand Dédéh, journaliste indépendant et ancien directeur du service des sports de la RTI, pointe un problème structurel profond. « Depuis une vingtaine d’années, le public a quitté les stades. Le spectacle laisse à désirer. Les meilleures graines partent tout de suite en Europe », analyse-t-il, qualifiant cette équation comme l’un des défis majeurs du second mandat. Jean Philippe Towa, cofondateur du média en ligne DjoloSports, établit une distinction nette entre une sélection nationale qui « marche très bien » et un football local qui « n’est pas un produit dont on peut se satisfaire aujourd’hui et n’attire pas non plus les foules ».
Face à ces critiques, Salif Bictogo, directeur de campagne d’Idriss Diallo et président sortant de la ligue de football professionnel, défend un bilan en progrès. Il souligne que le championnat ivoirien est passé de la 14e à la 10e place au niveau africain et occupe désormais la première place dans la région ouest-africaine. Le nombre de représentants ivoiriens en compétitions africaines est passé de deux à quatre. Ces arguments n’occultent toutefois pas la désaffection persistante du public pour un championnat qui peine à retrouver son attractivité. La question du football local constituera l’épreuve de vérité du second mandat d’Idriss Diallo, dont l’héritage dépendra moins des succès des Éléphants que de sa capacité à redonner vie à un football de proximité en crise depuis deux décennies.



