Les Forces armées maliennes (FAMa) affirment avoir mis hors de combat plus de 4 880 combattants de groupes armés et détruit 162 bases entre mai et le 20 octobre. Ce bilan, présenté vendredi par la Direction de l’information et des relations publiques des Armées (DIRPA), s’accompagne de la destruction de 315 véhicules pick-up et d’environ 1 300 motocyclettes. Il couvre près de six mois d’opérations menées dans le cadre de l’opération Dougoukoloko.
L’armée détaille une action répartie sur trois fronts. À l’Est, les opérations ont principalement ciblé les régions de Gao, Ménaka et Kidal, ainsi que plusieurs axes stratégiques du Nord. La DIRPA présente le retour des forces armées à Kidal, consécutif à l’offensive lancée le 6 octobre, comme le fait marquant de la période. Une mission du chef d’état-major général des Armées, effectuée les 10 et 11 octobre, a porté sur les conditions d’un retour progressif des populations, de l’administration et des services sociaux de base dans la zone. Au Centre, notamment dans les régions de Ségou, San, Mopti, Bandiagara, Douentza, Tombouctou et Taoudéni, le commandement fait état de plus de 200 combattants mis hors de combat, ainsi que de dix véhicules et 95 motocyclettes détruits lors des opérations récentes. Au Sud, les interventions ont visé des zones boisées et des massifs présentés comme des refuges utilisés par les groupes armés.
Ces chiffres cumulés prolongent les précédentes communications de la DIRPA, qui avait annoncé 1 850 combattants mis hors de combat entre juin et juillet, puis environ 1 000 au cours du mois d’août. Ils s’inscrivent dans un contexte de reconfiguration sécuritaire profonde au Mali, marqué par le retrait de la force Barkhane et de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), achevé en décembre 2023, et par la montée en puissance de l’Alliance des États du Sahel (AES) regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger. La reprise de Kidal, bastion historique des groupes armés indépendantistes, constitue un enjeu symbolique et stratégique majeur pour la junte au pouvoir depuis 2021. Elle conditionne la capacité de l’État à rétablir son autorité sur l’ensemble du territoire national.
L’armée entend consolider son dispositif à Kidal et sécuriser durablement les corridors d’approvisionnement. Sur le plan aérien, elle affirme avoir réalisé 1 887 missions de surveillance et de suivi entre mai et septembre, accompagnées de 791 frappes, auxquelles se sont ajoutées 65 autres frappes entre le 1er et le 20 octobre. Ces moyens témoignent d’une montée en puissance de la composante aérienne, mais posent la question du contrôle effectif des zones reconquises dans la durée. Le retour des populations et de l’administration à Kidal demeure conditionné à la pérennité de la sécurité, dans une région où les groupes armés conservent des capacités de harcèlement et de mobilité. Parallèlement, le commandement poursuit le renforcement des effectifs des FAMa, à travers l’intégration de nouveaux sous-officiers, de recrues et de jeunes issus du Service national des jeunes, un effort qui traduit la volonté de compenser le départ des forces internationales.
La sécurisation des axes routiers et l’acheminement des produits essentiels occupent une place centrale dans le dispositif opérationnel. Selon la DIRPA, 2 556 camions-citernes ont été escortés en septembre sur l’axe Kadiana-Bamako, afin de contribuer à la continuité de l’approvisionnement en carburant de la capitale. Ces opérations s’inscrivent dans la continuité des escortes organisées au cours des mois précédents : en août, l’armée avait annoncé l’accompagnement de 3 681 camions-citernes sur différents axes, et entre juin et juillet, plus de 15 000 mouvements de citernes, chargées ou vides, escortées par les forces de sécurité. La protection des corridors économiques s’impose ainsi comme un volet majeur des opérations militaires, dans un contexte marqué par les attaques de groupes armés contre les routes et les circuits d’approvisionnement. Ce dispositif d’escorte, s’il garantit tant bien que mal la continuité logistique, révèle aussi la fragilité persistante du contrôle territorial et le coût opérationnel croissant supporté par l’armée pour maintenir les circuits vitaux du pays.
Les bilans de la DIRPA, s’ils témoignent d’une intensification des opérations, demeurent des communications officielles que peu d’observateurs indépendants sont en mesure de vérifier sur le terrain, en raison notamment des restrictions d’accès aux zones de conflit. La multiplication des annonces chiffrées, d’un mois à l’autre, répond aussi à une logique de communication politique visant à démontrer l’efficacité de l’armée nationale auprès de l’opinion. La crédibilité de ces bilans dépendra de la capacité des autorités à documenter les résultats, à sécuriser durablement les zones reconquises et à permettre le retour effectif des populations déplacées, seul indicateur tangible d’une stabilisation durable.



