Les ministres de la Défense du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont examiné, vendredi à Ouagadougou, le projet de statut juridique de la force unifiée de la Confédération des États du Sahel (AES). Une étape qualifiée de « déterminante » pour donner une base légale à cette armée commune, dont l’objectif affiché est de renforcer l’efficacité de la lutte contre les groupes armés qui ensanglantent la région depuis près d’une décennie.
Réunis autour du général de division Célestin Simporé (Burkina Faso), du général Salifou Mody (Niger) et du général Oumar Diarra (Mali), les trois responsables ont planché sur un texte qui encadrera juridiquement les opérations de la future force confédérale. À l’ouverture des travaux, le général Simporé a insisté sur le caractère fondateur de ce statut : il permettra à la force d’intervenir sur l’ensemble du territoire confédéral, au-delà des frontières nationales, contre les groupes terroristes. Il a également annoncé une montée en puissance progressive, avec l’ambition de disposer d’une armée intégrée, réactive et capable de frapper à tout moment.
Cette avancée s’inscrit dans le projet plus large de la Confédération des États du Sahel, lancée en septembre 2023 par les trois régimes militaires issus de coups d’État successifs. Rejetant la coopération militaire avec la France et se tournant vers de nouveaux partenaires comme la Russie, les trois pays ont fait de la défense commune le pilier central de leur intégration. La force unifiée constitue la concrétisation opérationnelle de cette rupture stratégique, dans une région où les insurrections djihadistes ont causé des milliers de morts et déplacé plus de deux millions de personnes.
Les prochaines semaines seront cruciales pour l’adoption définitive du statut, qui devra être ratifié par les instances politiques de chaque État membre. Une fois en vigueur, ce cadre juridique devra répondre à des défis opérationnels majeurs : logistique, coordination des états-majors, partage du renseignement et financement. Les ministres ont évoqué une « montée en puissance » sans donner de calendrier précis, mais les observateurs s’interrogent sur la capacité des trois pays à mutualiser efficacement leurs moyens, alors que leurs armées sont déjà éprouvées par des années de conflit asymétrique.
L’un des points sensibles du projet reste la question du commandement unique et de la répartition des responsabilités entre les contingents nationaux. Des sources proches des négociations évoquent des arbitrages délicats sur les zones d’intervention et le contrôle des opérations. Par ailleurs, le général Simporé a martelé la volonté des trois pays de renforcer leurs capacités humaines et matérielles, signe que l’AES mise sur une montée en gamme qualitative, mais aussi sur une industrialisation de sa défense, avec l’appui de fournisseurs extra-africains.
Si la détermination politique est affichée, la mise en œuvre d’une armée confédérale se heurte à des réalités budgétaires et logistiques complexes. Les trois pays figurent parmi les plus pauvres du monde et dépendent encore largement de l’aide internationale, malgré leur volonté d’autonomie. L’efficacité future de la force unifiée dépendra donc moins de son statut juridique que de la capacité des États à dégager des ressources pérennes et à instaurer une véritable chaîne de commandement intégrée, gage de réactivité sur un théâtre d’opération où l’ennemi est mouvant et protéiforme.



