La Confédération des États du Sahel (AES), alliance militaire et politique regroupant le Burkina Faso, le Mali et le Niger, franchit une nouvelle étape dans sa structuration. L’institution vient en effet de désigner le premier président de sa future Banque Confédérale pour l’Investissement et le Développement (BCID-AES). Il s’agit du Burkinabè Serge Auguste Bayala, un technocrate expérimenté issu des rangs de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO).
La nomination de Serge Bayala, annoncée discrètement mais considérée comme stratégique par Ouagadougou, confie les rênes de cet instrument financier clé à un profil de technicien. Titulaire d’un doctorat en gestion financière et fort de plus de vingt ans d’expérience, il a notamment présidé le Centre Africain d’Études Supérieures en Gestion (CESAG) à Dakar et joué un rôle central dans la création de la Caisse des Dépôts et d’Investissements du Burkina Faso. Sa mission sera d’opérationnaliser cette nouvelle banque, chargée de financer les infrastructures et l’industrialisation des trois pays membres.
Cette création s’inscrit dans la logique de rupture affichée par les régimes militaires au pouvoir à Bamako, Ouagadougou et Niamey. Après s’être éloignés de la CEDEAO et annoncé leur départ de l’Alliance Sahel, les trois pays entendent construire des institutions souveraines alternatives. La BCID-AES doit ainsi incarner le pilier financier de ce projet, visant à réduire la dépendance aux bailleurs de fonds traditionnels et à mobiliser les ressources internes pour le développement du “sanctuaire” sahélien qu’ils ambitionnent de constituer.
Les défis opérationnels et de crédibilité qui attendent Serge Bayala et la BCID-AES sont immenses. L’institution devra définir son modèle de gouvernance, ses sources de capitaux – qui pourraient provenir en partie des fonds souverains nationaux – et sa stratégie de financement dans un contexte régional marqué par des sanctions économiques, un accès limité aux marchés financiers internationaux et une insécurité persistante. Son succès ou son échec sera un indicateur concret de la capacité de l’AES à passer d’une alliance de circonstance à une véritable union économique intégrée.
Le choix de Bayala, ancien cadre de la BCEAO, est riche de symbolique. Il illustre la volonté de s’appuyer sur une expertise régionale éprouvée, tout en se détournant de l’institution ouest-africaine perçue comme inféodée aux anciennes puissances coloniales. Son parcours lui confère une connaissance fine des mécanismes financiers régionaux, un atout pour bâtir la nouvelle architecture. Cependant, la BCID-AES devra impérativement démontrer une transparence et une rigueur irréprochables pour attirer des investissements au-delà des seuls budgets étatiques des trois membres.
Au-delà de la technicité, cette nomination consacre également la prééminence discrète du Burkina Faso dans la construction institutionnelle de l’AES. Après avoir accueilli le siège de son état-major militaire conjoint, le pays place désormais un de ses nationaux à la tête de l’organe financier. Cette influence croissante devra être équilibrée avec les intérêts du Mali et du Niger pour éviter toute tension future au sein de la Confédération. La BCID-AES, si elle voit le jour, sera donc autant un test de souveraineté économique qu’un banc d’essai pour la solidarité politique entre les trois régimes.



