Un éleveur sud‑africain de rhinocéros, Hendrick « Wicus » Diedericks, a saisi la justice de son pays pour obtenir l’autorisation d’exporter 479 cornes vers huit destinations, dont le Canada, les États‑Unis et la Chine. Cette requête, révélée par un rapport de l’Environmental Investigation Agency (EIA), menace de contourner ouvertement le moratoire international sur le commerce des cornes de rhinocéros.
Selon le rapport de l’EIA, la majorité de cet envoi est destinée à une seule adresse située en Ontario, au Canada. Le reste des cornes serait réparti entre la Chine, Hong Kong, le Japon, le Laos, la Mongolie, les États‑Unis et le Vietnam, chaque pays recevant entre trois et cinq spécimens. L’organisation environnementale alerte sur des « conséquences dévastatrices » pour les populations sauvages de rhinocéros, accusant certains éleveurs sud‑africains de tordre les règles internationales à leur avantage.
Ce recours intervient dans un climat de soupçons accrus autour du commerce, légal ou illégal, de cornes. En août 2025, John Hume, autre éleveur afrikaner et ancien propriétaire de la plus grande ferme de rhinocéros au monde, a été inculpé pour contrebande de cornes estimées à 14 millions de dollars. L’affaire a mis au jour un réseau frauduleux portant sur 964 cornes, selon le ministère sud‑africain des Forêts, de la Pêche et de l’Environnement. Ces cornes étaient destinées aux marchés illicites d’Asie du Sud‑Est.
Si la justice sud‑africaine donne son feu vert à Wicus Diedericks, le précédent pourrait fragiliser davantage la Convention sur le commerce international des espèces menacées (CITES), qui interdit depuis 1977 tout échange commercial de cornes de rhinocéros. Les pays destinataires, notamment le Canada et les États‑Unis, devraient alors se positionner sur leur propre contrôle à l’importation. À terme, c’est tout l’équilibre entre éleveurs privés, défenseurs de la biodiversité et autorités régulatrices qui serait remis en cause.
La stratégie des éleveurs afrikaners repose sur un paradoxe : ils affirment que le stockage de cornes issues d’élevages contrôlés permet de noyer le marché noir et de protéger les rhinocéros sauvages. Pourtant, l’EIA rappelle que chaque expédition légale crée une brèche utilisable par les trafiquants pour blanchir des cornes d’origine illégale. En 2023, le ranch de John Hume, qui détenait 2 000 rhinocéros blancs du Sud, soit 15 % de la population sauvage mondiale, a été vendu à l’ONG African Parks, qui a immédiatement cessé toute activité commerciale liée aux cornes.
Un enquêteur de l’EIA cité dans le rapport résume le dilemme : « Les éleveurs sud‑africains tentent de plier les règlements internationaux à leur volonté, sapant des décennies de droit national. » À Pretoria, le département de l’Environnement suit l’affaire de près. Aucune date d’audience n’a encore été fixée, mais le dossier promet de raviver le débat entre souveraineté économique, conservation et lutte contre le trafic d’espèces protégées.



