Le gardien international équato-guinéen Jesús Owono est au cœur d’une procédure pour homicide involontaire après le décès de l’attaquant Jesús de Miguel, consécutif à un choc lors d’un match de deuxième division espagnole. Entre responsabilité pénale improbable et sanction sportive possible, le dossier soulève des questions inédites en Espagne.
La Police nationale espagnole a ouvert, mardi 3 novembre, une procédure concernant un éventuel délit d’homicide involontaire visant Jesús Owono, gardien du FC Andorre et international équato-guinéen, à la suite du décès de l’attaquant du CD Tenerife Jesús de Miguel. Le joueur de 25 ans avait percuté son adversaire dans les airs lors d’une sortie mal maîtrisée, provoquant un choc d’une violence extrême.
Selon le Tribunal supérieur de justice des Canaries, tout décès non naturel impose l’ouverture d’une enquête judiciaire d’office, qu’il soit accidentel ou non. Des sources de la brigade des homicides citées par El País confirment cette procédure. Sur le plan sportif, Jesús Owono a été expulsé directement à la 97e minute, l’arbitre ayant interrompu la rencontre après avoir constaté que Jesús de Miguel avait perdu tout pouls. Réanimé sur place, le joueur a succombé à un arrêt cardiorespiratoire malgré plusieurs heures en soins intensifs, son état s’étant dégradé sur le plan neurologique. Le portier encourt une suspension maximale de douze matchs.
Ce drame intervient dans un pays où aucun précédent de poursuites pénales contre un joueur à la suite d’un choc sur le terrain n’a été établi. La jurisprudence espagnole s’appuie traditionnellement sur le concept de « risque autorisé », théorisé par la Cour suprême : le sportif assume les risques inhérents à sa pratique, y compris celui de perdre la vie. Le pénaliste José María de Pablo a rappelé ce principe sur X, soulignant la difficulté de caractériser une faute pénale dans un geste sportif.
L’issue judiciaire reste hautement incertaine. La procédure ouverte ne signifie pas mise en cause formelle, et l’absence d’antécédent plaide pour un classement probable, sauf élément nouveau. Sur le plan disciplinaire, la sanction pourrait aller jusqu’à douze matchs, mais la Fédération espagnole devra arbitrer entre la gravité des conséquences et le caractère involontaire du geste. En parallèle, la Fédération équato-guinéenne de football a exprimé ses condoléances et apporté son soutien à son gardien, qualifiant l’acte d’involontaire.
Le retentissement dépasse largement le cadre sportif. Cible d’insultes sur les réseaux sociaux, Jesús Owono a été qualifié d’« assassin » par des supporters de Tenerife et aurait fermé son compte Instagram. Un homonyme, Michel Owono, a dénoncé le harcèlement et les messages racistes dont il fait l’objet depuis le drame, précisant n’avoir aucun lien avec le gardien. Ces dérives rappellent la pression extrême qui pèse sur les acteurs de tels accidents, souvent jugés avant même que la justice ne se prononce.



