Maurice Kamto, président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), a officiellement saisi le Conseil constitutionnel pour contester la prorogation d’un an des mandats des conseillers municipaux, décidée par décret présidentiel le 4 mai 2026. L’opposant dénonce un « piétinement de la loi » et une substitution du pouvoir exécutif au Parlement et au peuple.
Dans une déclaration rendue publique le 3 juin 2026, Maurice Kamto affirme que le décret prolongeant jusqu’au 28 avril 2027 les mandats des élus municipaux, initialement arrivés à échéance en février 2025, est contraire à la Constitution, au code général des collectivités territoriales décentralisées et au principe de non‑rétroactivité des lois. Il a également déposé un recours en retrait de ce texte. Selon lui, depuis le 1er juin 2026, les conseils municipaux se trouvent en « situation de vacance légale », privant les citoyens de leurs représentants locaux.
Les élections municipales et législatives couplées de février 2020 avaient été boycottées par le MRC, qui dénonçait alors l’absence de résolution de la crise anglophone. Ce boycott avait privé le parti d’une présence dans les conseils municipaux et à l’Assemblée nationale. Depuis, le MRC a revu sa stratégie et annoncé sa volonté de participer à tous les scrutins futurs. La prorogation contestée intervient dans un climat politique où l’exécutif use fréquemment de décrets pour réguler le calendrier électoral, suscitant des accusations répétées de dérive autoritaire de la part de l’opposition.
Si le Conseil constitutionnel déclare le décret contraire à la loi, le président de la République pourrait être contraint de convoquer sans délai le corps électoral pour de nouvelles élections municipales. Une telle décision relancerait la machine électorale dans un pays où l’organisation des scrutins locaux est souvent marquée par des reports. Dans le cas contraire, l’opposition dénoncerait un alignement de la haute juridiction sur le pouvoir, renforçant le sentiment d’une confiscation du jeu démocratique.
Pour le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), parti du président Paul Biya, la démarche de Maurice Kamto est « spécieuse et sans objet ». Un communicant du parti, Patrick Rifoe, conteste notamment la qualité du président du MRC à saisir le Conseil constitutionnel et qualifie l’argument de la non‑rétroactivité des lois de « débat d’amphithéâtre ». Le pouvoir considère que la prorogation relève d’une mesure transitoire justifiée par des contraintes d’organisation.
Au‑delà du litige juridique, cette affaire met en lumière la fragilité des cycles électoraux locaux au Cameroun et la concentration des prérogatives entre les mains de l’exécutif. Maurice Kamto, dont le parti a longtemps été marginalisé, cherche ici à asseoir une posture de défense intransigeante des règles constitutionnelles. Le MRC espère transformer ce recours en levier de mobilisation, dans un pays où la société civile et une partie de l’opinion s’interrogent sur la sincérité et la régularité du processus électoral.



