Par un décret publié mardi 2 juin 2026, le président camerounais Paul Biya a enfin nommé les quatorze membres titulaires du Conseil supérieur de la magistrature. L’essentiel des personnalités désignées est reconduit, mais l’événement compte moins par son contenu que par sa simple existence : cette instance stratégique pour le pouvoir judiciaire n’avait plus siégé depuis six ans, plongeant une partie de la justice dans une paralysie silencieuse.
Ces nominations n’ont rien d’une simple formalité administrative. Le Conseil supérieur de la magistrature est l’organe clé qui régule les carrières des juges, du parquet et de la magistrature dans son ensemble. Sans lui, plus de promotions, plus de nominations, plus d’intégration des nouveaux magistrats sortis d’école. Pendant six ans, cette fonction essentielle est restée en sommeil. La seule annonce d’un nouveau mandat de cinq ans suscite dès lors un espoir mesuré mais réel au sein de la profession : celui de voir enfin fonctionner une machine judiciaire grippée.
Pour comprendre l’ampleur du blocage, il faut rappeler que le Conseil supérieur de la magistrature est présidé par Paul Biya lui même. Son absence de réunion depuis six ans n’est donc pas un dysfonctionnement anonyme : elle relève d’une volonté présidentielle discrète mais continue de ne pas activer l’instance. Ce silence institutionnel a eu des effets concrets : plusieurs centaines de magistrats formés mais jamais intégrés, des carrières gelées, une justice privée de ses cadres intermédiaires, et au final un affaiblissement structurel de l’État de droit camerounais.
La grande question est désormais de savoir si ces nominations annoncent une véritable reprise des travaux du Conseil. Une première réunion pourrait débloquer rapidement l’intégration des magistrats en attente et relancer la gestion des carrières. Mais dans le jeu politique camerounais, tout signal est guetté comme un indice. Certains observateurs voient déjà dans ce décret un possible préambule à d’autres annonces très attendues : la formation d’un nouveau gouvernement, promis depuis six mois, et la nomination d’un vice président de la République, poste créé en avril 2026 et toujours vacant.
Ce parallèle entre justice et exécutif n’a rien de forcé. Au Cameroun, la lenteur présidentielle est souvent un mode de gouvernement. En laissant le Conseil supérieur de la magistrature en léthargie pendant six ans, Paul Biya a contrôlé sans bruit l’ascenseur à carrières des magistrats. En le réactivant aujourd’hui, il envoie un message de reprise en main, mais sans garantie que le rythme s’accélère. Les magistrats attendent des actes, non des décrets de pure forme. L’histoire récente leur a appris la prudence.



