Le Sénégal a officiellement désigné le général Birame Diop, ministre sortant des Forces armées, comme candidat à la présidence de la Commission de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) pour le mandat 2026-2030. L’annonce, faite dimanche par le ministère de l’Intégration africaine, confirme la mainmise de Dakar sur le poste stratégique, après que le sommet d’Abuja de décembre 2025 eut attribué ce rôle au pays. La nomination doit encore être entérinée par les chefs d’État en juillet 2026, mais le choix du général apparaît déjà comme un signal fort.
Birame Diop n’est pas un inconnu des arcanes sécuritaires ouest-africaines. Ancien chef d’état-major général des armées, ancien patron de l’armée de l’air, il fut aussi conseiller militaire du secrétaire général des Nations unies pour les opérations de paix. Une trajectoire rare, mêlant commandement national et expertise internationale des réformes du secteur de la sécurité. Le gouvernement sénégalais insiste sur ses travaux de recherche et son rôle dans la formation de hauts responsables africains. Autant d’arguments pour convaincre, à un moment où la Cédéao vacille sous les coups de boutoir sécuritaires et politiques.
Ce choix s’inscrit dans un calendrier régional sous haute tension. La Cédéao sort exsangue des départs du Mali, du Burkina Faso et du Niger, désormais regroupés au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). L’organisation régionale, critiquée pour son inefficacité et ses lourdeurs bureaucratiques, cherche à se réinventer. Le Sénégal, qui a longtemps cultivé une neutralité active, se positionne désormais comme un pilier de la ligne dure pro Cédéao. En plaçant un général à la Commission, Dakar envoie un message clair : l’heure n’est plus aux discours techniques, mais à la réponse militaire et stratégique face aux putschistes et aux groupes armés.
D’ici juillet 2026, plusieurs évolutions pourraient renforcer encore le poids sénégalais. Dakar pourrait en effet accéder dans les prochaines semaines à la présidence tournante de la Conférence des chefs d’État, en remplacement du Sierra-Léonais Julius Maada Bio. Une double casquette Sénégal à la fois président de la Commission et de la Conférence serait inédite dans l’histoire récente de l’institution. Mais elle soulève une question brute : peut-on concentrer autant de pouvoir sans fragiliser l’équilibre politique interne de la Cédéao, déjà mise à mal par les accusations de mainmise des « pays atlantiques » ?
Le profil militaire de Birame Diop n’est pas anodin, alors que la Cédéao envisage de déployer une force régionale antiterroriste, sans cesse repoussée par manque de moyens et de volonté politique. Son expérience onusienne pourrait faciliter le retour de partenariats techniques avec l’Occident, actuellement suspendus ou distendus avec les pays de l’AES. Mais un risque existe : celui d’une lecture trop sécuritaire des défis ouest africains, au détriment des dimensions économiques, sociales et démocratiques. Le général devra prouver qu’il n’est pas seulement un homme de conflits, mais aussi un bâtisseur d’intégration.
Certaines capitales ouest africaines observent ce choix avec prudence. « Dakar prend les rênes d’une institution malade, avec un médecin militaire. Ce n’est ni absurde ni suffisant », confie un diplomate basé à Accra. Le gouvernement sénégalais, lui, parie sur la « vision stratégique et l’engagement panafricain » de son candidat. Reste à savoir si Birame Diop saura transcender son profil pour convaincre des États membres de plus en plus tentés par des alternatives régionales parallèles. Son premier test aura lieu avant même son entrée en fonction : convaincre les chefs d’État récalcitrants lors du sommet de validation de juillet 2026.



